Paolo Maldini directeur technique de l’Azzurri. La phrase aurait semblé surréaliste il y a encore quelques années. Elle est désormais officielle. La Fédération italienne de football (FIGC) a convaincu la légende de l’AC Milan d’accepter un rôle qui va bien au-delà du symbole : il s’agit de reconstruire une sélection nationale à la dérive depuis l’élimination au barrage pour la Coupe du monde 2022, et déjà absente du Mondial 2018. Son ancien coéquipier milanais Leonardo l’accompagnera dans un rôle de conseiller. Deux noms, une mission colossale.
Pourquoi la FIGC a misé sur Maldini plutôt qu’un technicien classique
Le football italien a souvent cherché ses sauveurs dans les mêmes cercles : entraîneurs issus du Calcio, dirigeants aux longues carrières de club, profils administratifs rodés. En choisissant Paolo Maldini, la FIGC opère un tournant délibéré vers l’image, le prestige et la vision à long terme.
Maldini n’est pas vierge de l’exercice dirigeant. Directeur stratégique puis directeur sportif de l’AC Milan entre 2018 et 2022, il a participé à la reconstruction d’un club qui avait touché le fond. Sous son impulsion, Milan a retrouvé le titre de champion d’Italie en 2022, après onze ans de disette. Il a supervisé des recrutements audacieux — Théo Hernández, Sandro Tonali, Rafael Leão — qui ont redéfini l’identité sportive du club. Ce bilan parle pour lui.
La différence de taille avec un club : à la tête de la Nazionale, on ne recrute pas. On développe, on structure, on choisit. Et surtout, on désigne le sélectionneur. C’est précisément la première grande décision qui attend Maldini et Leonardo.
Le choix du prochain sélectionneur : urgence numéro un
L’Italie traverse une période de flottement technique au niveau de son banc. La nomination du successeur à la tête de la Nazionale représente le premier vrai test de crédibilité pour le nouveau duo. Le nom du prochain sélectionneur dira beaucoup sur la philosophie que Maldini et Leonardo entendent insuffler.
Vont-ils privilégier un technicien au profil offensif, capable de rompre avec le catenaccio défensif qui a longtemps défini le football italien ? Ou miser sur un entraîneur de Serie A bien installé dans le système local ? Ces questions ne sont pas anecdotiques. Elles dessinent une ligne directrice pour les prochaines années de qualification et de reconstruction.
Plusieurs noms circulent dans la presse italienne, mais Maldini a toujours fonctionné loin du bruit médiatique — c’était sa marque de fabrique à Milan. On peut raisonnablement s’attendre à une décision pesée, sans précipitation, mais avec une communication maîtrisée.
Deux absences mondiales consécutives : le poids du traumatisme
Pour comprendre l’ampleur de la tâche, il faut rappeler les faits bruts. L’Italie n’a pas participé à la Coupe du monde 2018, éliminée en barrage par la Suède. Puis elle a raté le Mondial 2022 au Qatar, battue par la Macédoine du Nord lors d’un match de qualification qui a provoqué un choc national. Deux absences consécutives à un tournoi que les Azzurri ont remporté quatre fois dans leur histoire — dont la dernière en 2006 à Berlin.
Entre ces deux fiascos, un rayon de soleil trompeur : le titre à l’Euro 2021, décroché à Wembley face à l’Angleterre aux tirs au but. Une victoire magnifique qui a masqué sans doute trop longtemps les failles structurelles du système de formation italien.
Car c’est là le fond du problème. La Serie A, envahie par des joueurs étrangers depuis les années 1990, a progressivement réduit l’espace de développement pour les jeunes italiens. Le pourcentage de temps de jeu accordé aux joueurs locaux dans le championnat est parmi les plus faibles des cinq grandes ligues européennes. Une bombe à retardement que les dirigeants successifs de la FIGC ont tardé à désamorcer.
Le rôle de Leonardo : un regard brésilien sur le football italien
L’arrivée de Leonardo De Araujo dans un rôle consultatif apporte une dimension inattendue. Brésilien de naissance, naturalisé italien, Leonardo incarne une passerelle entre deux cultures footballistiques distinctes. Ancien joueur de l’AC Milan, du Paris Saint-Germain ou encore de l’Inter Milan, il a ensuite exercé comme directeur sportif à Milan puis au PSG, avec un bilan contrasté mais une expérience internationale rare.
Sa présence aux côtés de Maldini n’est pas symbolique. Les deux hommes se connaissent depuis des décennies, ont partagé des vestiaires, des victoires en Ligue des champions, des défaites. Cette complicité humaine peut être un atout dans les débats internes sur la philosophie de jeu à adopter ou les profils de joueurs à valoriser.
Elle peut aussi être une limite : quand on choisit les mêmes interlocuteurs depuis trente ans, on risque de reproduire les mêmes angles morts. La FIGC devra veiller à ce que ce tandem ne se referme pas sur lui-même.
Quelle vision tactique pour la Nazionale de demain ?
C’est la question qui passionne les supporters et les observateurs. L’Italie de Roberto Mancini à l’Euro 2021 avait adopté un pressing haut, une animation offensive dynamique en 4-3-3, avec des profils jeunes et techniques comme Federico Chiesa, Lorenzo Insigne ou Nicolò Barella. Une vraie rupture avec l’image défensive traditionnelle des Azzurri.
Depuis, la sélection a semblé chercher son identité sans vraiment la retrouver. Le travail de Maldini, au niveau technique, sera de définir un modèle de jeu clair — pas seulement pour la première équipe, mais pour toutes les sélections de jeunes. C’est ce que font les nations qui gagnent durablement : l’Espagne avec sa tiki-taka développée sur deux décennies, la France avec ses équipes de France féminines et masculines construites autour d’un vivier commun.
L’Italie a les talents. Gianluigi Donnarumma, gardien du PSG, reste l’un des meilleurs au monde à son poste. La génération de milieux de terrain — Barella, Sandro Tonali malgré sa suspension, Samuele Ricci — est prometteuse. Des ailiers comme Mateo Retegui ou Giacomo Raspadori représentent de vraies options en attaque. Le problème n’est pas l’effectif. C’est la cohérence de projet.
L’angle francophone : des joueurs binationaux dans le viseur ?
La question des binationaux est centrale dans le football moderne, et elle touche directement le public francophone. Plusieurs joueurs évoluant en France ou nés de parents italiens et africains se retrouvent à un carrefour de choix de nationalité sportive.
La politique de la FIGC sur ce dossier sera déterminante. Ces dernières années, l’Italie a parfois tardé à naturaliser ou à convaincre des profils prometteurs qui ont finalement opté pour d’autres sélections africaines ou françaises. Maldini, qui a lui-même grandi dans une famille de footballeurs et compris très tôt les enjeux d’appartenance, pourrait apporter une sensibilité différente à ce sujet.
Du côté marocain, la question ne se pose pas dans le sens inverse — les Lions de l’Atlas n’ont pas vocation à céder leurs meilleurs éléments — mais le contexte africain rappelle que les fédérations européennes doivent désormais se battre pour convaincre les joueurs à double culture. C’est un marché de la conviction, et Maldini est sans doute l’un des meilleurs ambassadeurs que l’Italie pouvait envoyer.
Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines
Les prochains mois seront décisifs pour mesurer si la nomination de Maldini est un coup de communication ou le début d’une vraie révolution structurelle. Plusieurs échéances concrètes méritent attention :
- La désignation du nouveau sélectionneur : c’est la première pierre. Elle révélera immédiatement la philosophie du nouveau directoire technique.
- La prochaine fenêtre de qualifications pour le Mondial 2026 : l’Italie doit impérativement se qualifier au Canada-États-Unis-Mexique pour ne pas connaître une troisième absence consécutive, ce qui serait une catastrophe historique sans précédent.
- La politique de formation : des décisions sur les centres de formation, les sélections de jeunes et les partenariats avec les clubs de Serie A pourraient intervenir rapidement si Maldini veut laisser une trace durable.
- La relation avec les clubs : Maldini connaît la Serie A de l’intérieur. Sa capacité à dialoguer avec les présidents et directeurs sportifs des clubs italiens pour libérer les joueurs et aligner les calendriers sera cruciale.
À retenir : Paolo Maldini prend les commandes techniques de l’Azzurri avec Leonardo comme conseiller. Leur première mission est de nommer un sélectionneur et de définir une vision de jeu cohérente pour sortir l’Italie de deux Mondiaux ratés. Le symbole est fort. Le travail, lui, commence maintenant — et il n’a rien de symbolique.
Et vous : pensez-vous que des légendes du jeu comme Maldini ont les qualités pour diriger une fédération nationale, ou ce rôle demande-t-il un profil purement gestionnaire ?
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Source : Football Italia








