Lundi 14 juillet 2026, 9h du matin, centre d’entraînement de la Continassa à Turin. La Juventus repart de zéro sous Luciano Spalletti — et déjà, le mercato, les hiérarchies et les incertitudes de l’été se lisent dans la liste des présents. 28 joueurs ont répondu à l’appel pour ce premier jour de préparation : 22 professionnels du groupe premier et six espoirs issus de la Juventus Next Gen. Pas encore le groupe au complet, loin de là. Six titulaires sont encore en vacances après leur participation au Mondial 2026 aux États-Unis.
Six absents de marque, six récits différents
Le plateau manquant a de l’allure. Bremer (Brésil), Teun Koopmeiners (Pays-Bas), Weston McKennie (États-Unis), Francisco Conceição (Portugal), Jonathan David (Canada) et Kenan Yildiz (Turquie) bénéficient d’un délai supplémentaire, protocole habituel de la FIFA qui accorde aux Mondialistes un minimum de quatre semaines de repos après l’élimination ou la finale.
Ces six noms dessinent à eux seuls une bonne partie des enjeux de la Juventus pour 2026-27. Koopmeiners, recruté à prix d’or à l’Atalanta à l’été 2024, n’a jamais vraiment tenu ses promesses en bianconero. Une pré-saison pleine, dans la continuité d’un Mondial bien vécu côté néerlandais, sera un test révélateur. Yildiz, lui, est devenu au fil des mois le symbole d’une génération Juve qui veut renouer avec le sommet européen. À 20 ans, l’international turc a grandi vite.
Jonathan David, lui, est le feuilleton de l’été. L’attaquant canadien, meilleur buteur de Ligue 1 lors de ses dernières saisons à Lille avant de rejoindre Turin, arrive avec la pression du chiffre et des attentes énormes. Sa présence dans la liste des absents n’a rien d’inquiétant sportivement — mais le mercato qui l’entoure, lui, agite encore les couloirs.
Qui était là : un groupe à plusieurs vitesses
Parmi les 22 professionnels présents, les situations sont radicalement différentes. C’est peut-être là que la liste de présence est la plus instructive : elle classe sans le dire explicitement les joueurs en trois catégories.
La première, ceux qui comptent pour Spalletti. Pierre Kalulu, prêté par le Milan AC puis acquis définitivement, s’impose comme un pilier défensif. Manuel Locatelli, capitaine putatif et métronome du milieu turinois, était évidemment là dès le premier jour — il ne pouvait pas en être autrement. Khephren Thuram, fils de Lilian et frère de Marcus, confirme à chaque saison qu’il n’est plus une promesse mais une réalité du haut niveau européen. Et Jeff Ekhator, nouvelle recrue officielle, était présent pour ses premières foulées sous le maillot rayé.
La deuxième catégorie, les cas à résoudre. Michele Di Gregorio, gardien international italien arrivé en grande pompe en 2024, voit son avenir questionné — un mercato chargé en gardiens en Serie A pourrait redistribuer les cartes. Lois Openda et Edon Zhegrova se retrouvent dans l’incertitude, leurs futures directions avec le club restant floues selon les informations disponibles.
La troisième, les partants probables. Arthur Melo, Douglas Luiz et Daniele Rugani sont attendus sur le marché des transferts, que ce soit sous forme de prêts ou de ventes définitives. Arthur, recruté en 2020 pour 72 millions d’euros, n’a jamais réussi à s’installer durablement à Turin entre blessures et pertes de vitesse. Un départ serait une libération pour toutes les parties.
Ekhator et les recrues : ce que le premier entraînement révèle
Jeff Ekhator mérite une attention particulière. L’attaquant nigérian, 22 ans, débarque à Turin avec un profil athlétique et une progression fulgurante ces deux dernières saisons. Pour le public africain et francophone, il incarne une tendance lourde : la Serie A qui recrute de plus en plus tôt sur le continent africain, avant même que la Premier League ou la Liga ne s’y intéressent.
Son intégration au groupe dès le premier jour de pré-saison envoie un signal. Spalletti, connu pour sa rigueur tactique et sa capacité à développer des profils atypiques — il avait transformé Osimhen à Naples en machine à buts —, pourrait trouver en Ekhator un profil à modeler sur mesure. Rien n’est garanti, mais les conditions sont réunies pour que la relation soit fructueuse.
Six jeunes de la Next Gen : le pari Spalletti sur la formation
L’autre fait notable de cette première journée, c’est la présence de six joueurs de la Juventus Next Gen : Pedro Felipe, Javier Gil Puche, Shane van Aarle, Augusto Owusu, Arman Durmisi et Justin Odoavwoduo. Convoqués selon les informations de Tuttosport, ces espoirs ne viendront pas bouleverser les plans de Spalletti à court terme. Mais leur présence en dit long sur la philosophie du technicien.
Depuis ses passages à l’Inter Milan, Roma et Naples, Spalletti a régulièrement intégré des jeunes à la pré-saison pour évaluer la profondeur du groupe et leur donner un goût du haut niveau. C’est une forme de test à double sens : les jeunes se mesurent aux professionnels, et les pros se voient rappeler que la concurrence vient aussi de l’intérieur.
Augusto Owusu, milieu ghanéen passé par les catégories jeunes du club, est le profil le plus suivi de ce lot. Son nom circule dans les milieux du scouting européen depuis quelques mois. À surveiller sur le long terme.
Spalletti à Turin : une prise en main qui ne souffre pas l’à-peu-près
Luciano Spalletti arrive à la Juventus avec un CV bétonné : le Scudetto à Naples en 2023, puis le titre de champion du monde avec l’Italie en 2026 — le premier depuis 2006. L’homme de 67 ans n’a pas l’habitude de s’installer confortablement dans un rôle. Il avait quitté la Nazionale au sommet, et son retour en club à Turin soulève des questions légitimes sur les attentes.
La Juventus n’a plus remporté le Scudetto depuis la saison 2019-20. Cinq ans de disette pour un club habitué à dominer la Serie A pendant neuf années consécutives (2012 à 2020). La mission est claire : remettre les Bianconeri sur le toit de l’Italie, et prétendre à nouveau sérieusement en Ligue des champions, une compétition que le club n’a plus gagnée depuis 1996.
Ce premier jour de pré-saison, avec son vestiaire à géométrie variable, illustre la complexité de la tâche. Spalletti hérite d’un effectif en chantier — trop pléthorique, avec des doublons coûteux et des cas mercato à régler en urgence. Le travail de fond commence ici, dans la chaleur de juillet à Turin, bien avant que les équipes adverses ne s’alignent en face.
Les enjeux du mercato estival pour construire le onze type
La composition de ce groupe de 28 joueurs révèle en creux l’ampleur du travail qui reste à faire sur le marché des transferts. Dégraisser d’abord : Arthur, Douglas Luiz et Rugani représentent des charges salariales importantes pour un rendement qui ne justifie plus leur présence. Les vendre ou les prêter permettrait de dégager une marge de manœuvre financière et surtout de la clarté dans le groupe.
Ensuite, consolider les postes fragilisés. La situation de Di Gregorio en tant que gardien numéro un n’est pas acquise. Côté offensif, la cohabitation entre Openda, David (quand il reviendra), Ekhator et les autres attaquants devra être tranchée rapidement — Spalletti n’est pas homme à laisser les hiérarchies floues pendant des mois.
Pour les supporters francophones qui suivent de près le football italien, cette Juventus version 2026-27 est aussi un objet d’observation précieux. Avec Thuram dans l’entrejeu, Kalulu en défense et potentiellement David en pointe, le fil franco-africain court tout au long de l’effectif bianconero. Ces joueurs formés ou passés par la Ligue 1 apportent une lecture du jeu différente — plus directe, plus verticale — qui pourrait coller avec le pressing intense que Spalletti affectionne.
Ce qu’il faut retenir et la suite à surveiller
Ce premier entraînement de la Juventus sous Spalletti dessine les grandes lignes d’un été qui s’annonce intense. Trois chantiers sont ouverts simultanément : gérer les retours des six Mondialistes et les réintégrer dans le groupe, régler les dossiers mercato urgents (départs et renforts ciblés), et commencer à construire les automatismes tactiques que Spalletti va imposer.
Les prochaines semaines verront la Juventus enchaîner les matches de pré-saison, probablement aux États-Unis dans le cadre d’une tournée estivale, avant un début de Serie A 2026-27 prévu pour fin août. Le retour de Koopmeiners, David et Yildiz sera le vrai marqueur : c’est avec eux que le onze type prendra forme.
La saison commence dans six semaines. Six semaines pour qu’un groupe disparate devienne une équipe. Spalletti a déjà réussi des miracles similaires — à Naples, il avait construit son champion en à peine un an et demi. Turin attend de voir si la magie opère à nouveau.
Et vous : pensez-vous que la Juventus est en mesure de reconquérir le Scudetto dès cette saison, ou faut-il laisser du temps à Spalletti pour construire son projet ?
Sur le même sujet :
Source : Football Italia








