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Des Walker : ‘Juve m’a préféré Baggio, l’un des meilleurs de tous

Six millions de livres sterling. C’est le montant que la Juventus a proposé à Nottingham Forest pour recruter Des Walker après l’été 1990. Forest a refusé. La Vieille Dame a alors retourné son chéquier vers Florence et déboursé sept millions pour un certain Roberto Baggio. Le défenseur anglais raconte aujourd’hui, avec une lucidité désarmante, comment il s’est retrouvé à l’intersection de l’un des transferts les plus marquants de l’histoire du calcio.

Ces révélations, livrées dans un entretien au Italian Football Podcast, remettent en lumière une époque charnière de la Serie A — celle où le championnat italien était la ligue la plus puissante du monde, et où les meilleurs joueurs européens rêvaient tous de croiser le Ponte Vecchio ou de poser leurs valises à Turin.

Avant Italia 90, la Roma voulait déjà Walker

L’histoire commence avant même le coup d’envoi du Mondial italien. En avril 1990, soit quelques mois avant que la Coupe du monde n’embrase le pays de la botte, la Roma s’est positionnée sur Des Walker. Le défenseur central de Nottingham Forest était alors l’un des meilleurs dans son domaine en Premier League, reconnu pour sa vitesse hors norme et son sens du placement.

Mais Forest a claqué la porte. Pas question de laisser partir l’une de ses pièces maîtresses à quelques semaines d’une saison décisive. Walker n’apprendra l’existence de cette offre romaine qu’après coup. Un premier rendez-vous manqué avec le calcio, le premier d’une série.

Ce détail mérite qu’on s’y arrête. La Roma de 1990 traversait une période de reconstruction après les grandes années Falcão et Pruzzo. Recruter un défenseur anglais solide comme Walker aurait pu changer l’équilibre d’une équipe qui cherchait encore sa colonne vertébrale défensive. L’histoire ne retiendra pas cette piste, mais elle dit beaucoup sur la cote du joueur à l’époque.

La Juventus, Agnelli, Montezemolo… et Baggio à la clé

Italia 90 consacre Walker sur la scène internationale. L’Angleterre atteint les demi-finales, et le défenseur de Forest s’impose comme l’un des tauliers de la sélection des Three Lions. La Juventus ne s’y trompe pas. Gianni Agnelli en personne, accompagné de Luca Cordero di Montezemolo, rencontre Walker pour lui exposer le projet turinois.

« Ils ont mis plusieurs offres sur la table, et Forest les a toutes refusées », raconte Walker. La dernière en date atteignait six millions de livres. Forest, sous pression de ses supporters qui avaient vent des négociations en coulisses, a une nouvelle fois fermé la porte. La situation devenait ingérable : le club niait publiquement vouloir vendre son joueur tout en acceptant de discuter discrètement avec les acheteurs. Une hypocrisie à laquelle les fans ont fini par réagir.

La Juventus, elle, n’a pas traîné. Avec l’argent prévu pour Walker, plus un million supplémentaire, elle s’est offert Roberto Baggio, alors à la Fiorentina. Sept millions de livres pour l’un des génies les plus purs que le football italien ait jamais produit. Un transfert qui a provoqué des émeutes à Florence — les tifosi viola ont incendié des voitures et affronté la police — et qui reste à ce jour l’un des plus symboliques du calcio.

Walker le reconnaît avec une franchise qui force le respect : « C’est l’un des meilleurs joueurs de tous les temps. Je n’allais pas me plaindre. » Difficile de lui donner tort.

Deux ans d’attente, une clause, et enfin la Serie A

Bloqué à Forest malgré lui, Walker a négocié un compromis. Une clause libératoire à 1,5 million de livres, exerçable deux ans plus tard. Il patiente, regarde défiler les offres sans pouvoir y donner suite, et attend son heure. En fin de compte, c’est Sampdoria qui l’emporte sur les autres clubs intéressés.

Le choix n’a rien d’anodin. La Sampdoria de la fin des années 1980 et du début des années 1990 est l’un des clubs les plus séduisants d’Europe. Sous la direction de Vujadin Boskov, puis de Sven-Göran Eriksson, les Blucerchiati ont remporté leur unique Scudetto en 1991 et atteint la finale de la Ligue des champions en 1992, battus par le Barça de Cruyff sur un coup franc en prolongation de Johann Koeman. Une page dorée du football génois.

Walker rejoint le club à la saison 1992-93, en sachant pertinemment qu’il arrive après le sommet. Vialli vient de partir. Lombardo aussi. Mais Mancini est encore là, et c’est précisément ce qui a tout décidé.

Mancini, l’homme de l’ombre qui a dicté le recrutement

C’est le passage le plus savoureux de l’entretien de Walker. Questionné sur le rôle de Roberto Mancini dans son transfert à Sampdoria, l’Anglais lâche, avec un sourire entendu : « Entre nous, je crois que c’est lui qui était vraiment le manager quand j’étais là. »

La boutade cache une réalité bien documentée sur le vestiaire de Gênes à cette époque. Mancini, capitaine emblématique du club depuis des années, exerçait une influence considérable sur la politique sportive. Walker précise qu’il avait affronté le futur sélectionneur de l’Italie à plusieurs reprises, et que c’est sans doute ce contact direct sur le terrain qui a convaincu Mancini de pousser pour son recrutement.

« Boskov allait me signer de toute façon, mais je pense sincèrement que Mancini a pesé dans la décision », confie Walker. Cette version officieuse du recrutement dit quelque chose d’important sur la manière dont fonctionnaient les grands clubs italiens de l’époque : les joueurs-leaders n’étaient pas seulement sur le terrain, ils participaient activement à la construction du groupe.

Mancini, qui deviendra entraîneur professionnel dès la fin de sa carrière de joueur — Lazio, Inter, Manchester City, Galatasaray, enfin la Nazionale — a manifestement commencé à exercer ce rôle bien avant de raccrocher les crampons.

Une saison en Serie A : le choc culturel d’un défenseur anglais à Gênes

Walker disputera 32 matchs toutes compétitions confondues avec la Sampdoria lors de la saison 1992-93. Une saison unique, dans tous les sens du terme. Arriver en Serie A après avoir été formé dans le football physique anglais, c’est changer de planète tactique.

La Serie A de cette époque est obsédée par les équilibres défensifs. Le catenaccio a évolué, mais la culture du résultat reste dominante. Pour un défenseur central comme Walker, réputé pour sa vitesse et sa capacité à annuler les attaquants de pointe, le championnat italien représente à la fois une confirmation et un défi inédit. Les attaquants qu’il croise sont parmi les meilleurs du monde, dans un championnat qui regroupe alors la quasi-totalité des stars planétaires.

La Sampdoria de 1992-93 termine cette saison en milieu de tableau, loin de ses fastes récents. Une transition difficile pour le club, qui voit partir plusieurs légendes. Walker en sera l’un des témoins directs, avant de rentrer en Angleterre après cette unique saison italienne.

Le mercato des années 90 : quand l’Italie régnait sur le football mondial

Ce que raconte Des Walker, c’est aussi et surtout l’histoire d’une époque révolue. Dans les années 1990, la Serie A était la destination ultime pour tout joueur de haut niveau. Les clubs italiens avaient les moyens, l’ambition, et surtout un prestige que nulle autre ligue ne pouvait concurrencer.

La Juventus de Baggio, l’Inter de Ronaldo, le Milan de Van Basten et Gullit, la Lazio de Veron et Salas… Ces noms résonnent encore dans les mémoires des supporters africains et marocains qui ont grandi devant ces affiches diffusées sur les chaînes d’État. Pour des générations entières de fans francophones, la Serie A des années 90 a été le premier amour footballistique — bien avant la Premier League et avant que la Ligue 1 ne produise ses propres icônes mondiales.

L’histoire de Walker s’inscrit dans cette fresque. Il n’est pas Baggio, il n’est pas Mancini. Mais il a côtoyé ces légendes, failli en croiser d’autres, et il livre aujourd’hui des coulisses qui éclairent différemment une décennie mythique du football européen.

À retenir

Des Walker révèle qu’il a failli rejoindre la Roma en avril 1990, puis la Juventus après Italia 90 — les Turinois lui ayant préféré Roberto Baggio pour sept millions de livres après les refus répétés de Nottingham Forest. Une clause libératoire lui a finalement permis de rejoindre Sampdoria deux ans plus tard, où l’influence de Roberto Mancini sur son recrutement est aujourd’hui confirmée par l’intéressé lui-même.

Ces révélations tardives posent une question que les fans de foot ne se lassent pas d’explorer : et si Nottingham Forest avait accepté l’une de ces offres — le visage de la Serie A des années 90 aurait-il été différent ? Baggio à la Juve sans le veto sur Walker, c’est peut-être la même histoire. Mais on n’en saura jamais rien. C’est aussi ça, le charme impitoyable du mercato.

Source : Football Italia