Carlo Ancelotti a posé ses valises à Rio de Janeiro. Reçu au siège de la Confédération brésilienne de football, le technicien italien a officiellement lancé le nouveau cycle de la Seleção — avec une promesse claire : des changements majeurs dès le mois de septembre. Après des années de turbulences sportives et institutionnelles, le Brésil mise sur l’un des entraîneurs les plus titrés de l’histoire pour retrouver le chemin du sommet mondial.
Comment Ancelotti est-il arrivé à la tête de la Seleção ?
Le feuilleton a duré des mois. La Confédération brésilienne de football (CBF) courtisait Carlo Ancelotti depuis l’été 2023, à l’époque où il était encore en pleine gloire au Real Madrid. L’Italien avait alors décliné, fidèle à son club. Mais à l’issue de la saison 2024-2025, après six années madrilènes ponctuées de deux Ligues des champions supplémentaires — portant son total à cinq trophées dans la compétition — la page s’est tournée.
La CBF a finalisé le recrutement avec une détermination rare. Pour la première fois de son histoire, le Brésil confie les clés de sa sélection nationale à un entraîneur étranger. C’est un signal fort, presque une révolution culturelle dans un pays où le football est une religion d’État.
Ancelotti débarque avec un palmarès qui impose le respect immédiat dans les vestiaires : cinq Ligues des champions, trois titres de Serie A, deux de Premier League, deux de Bundesliga. Il a dirigé Zidane, Ronaldo, Kaká, Ronaldinho à l’époque du Milan ou du Real. Il connaît les stars mondiales mieux que quiconque.
Quels changements annonce-t-il pour septembre ?
C’est le cœur du message délivré à Rio. Ancelotti n’est pas venu pour gérer l’existant. Dès sa première réunion avec le staff technique et les dirigeants de la CBF, il a affiché la couleur : la liste de septembre — pour les prochains matches de qualification à la Coupe du monde 2026 — reflétera ses propres convictions, pas celles de son prédécesseur.
Concrètement, cela signifie une remise à plat des hiérarchies. Certains cadres de l’ère précédente pourraient voir leur place remise en question. Des joueurs moins en vue sur la scène internationale, mais performants en club, pourraient faire leur apparition. Ancelotti a toujours privilégié la forme du moment et l’intelligence tactique sur la réputation.
La question des couloirs est particulièrement scrutée. Le Brésil a longtemps hésité entre un bloc bas, hérité de Tite, et des tentatives de jeu plus offensif sous Dorival Júnior. Ancelotti, lui, est associé à un 4-3-3 ou un 4-4-2 en losange très mobiles, capables de s’adapter à l’adversaire. Son système au Real Madrid reposait sur la liberté accordée aux créateurs — Bellingham, Vinicius Jr, Rodrygo — dans des structures défensives solides.
Quel système tactique pour ce nouveau Brésil ?
La Seleção possède un vivier offensif exceptionnel. Vinicius Jr, Rodrygo, Endrick, Savinho, Raphinha : autant de profils capables de jouer dans un dispositif offensif ambitieux. Ancelotti les connaît pour la plupart de très près — il a lancé ou consolidé Vinicius et Rodrygo à Madrid.
Le vrai chantier, c’est le milieu de terrain et la défense centrale. Le Brésil manque depuis plusieurs années d’un milieu récupérateur de classe mondiale capable de couvrir les transitions et de relancer proprement. André (Wolverhampton), João Gomes ou encore Bruno Guimarães (Newcastle) figurent parmi les candidats les plus sérieux pour ce poste clé.
En défense, les doutes persistent autour de la charnière centrale. Marquinhos vieillit, même s’il reste un leader. Gabriel Magalhães (Arsenal) pousse pour s’imposer. Ancelotti devra trancher vite : le calendrier des qualifications sud-américaines ne laisse aucune place à l’hésitation.
Un détail révélateur : depuis ses débuts à Parme dans les années 1990, Ancelotti n’a jamais coaché une sélection nationale. Il passe du rythme hebdomadaire des clubs — avec une préparation quotidienne, des entraînements au jour le jour — à des regroupements de dix jours toutes les six semaines. Ce sera un ajustement réel, même pour un entraîneur de son calibre.
Où en est le Brésil dans les qualifications pour le Mondial 2026 ?
Le contexte est celui d’une urgence relative. La CONMEBOL organise ses qualifications en format championnat : dix équipes s’affrontent en matchs aller-retour, les six premières sont directement qualifiées, la septième passe par un barrage intercontinental. Le Mondial 2026 se déroule aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
Le Brésil n’est pas en danger de non-qualification — sa position dans le classement CONMEBOL reste correcte — mais les performances récentes ont inquiété les supporters. Des défaites face à l’Uruguay ou l’Argentine, des matches poussifs contre des équipes supposément inférieures : la Seleção n’a plus l’aura d’antan dans les éliminatoires.
Ancelotti arrive donc avec une double mission : qualifier le Brésil pour le Mondial 2026, certes, mais surtout reconstruire une identité de jeu et une dynamique mentale pour prétendre au titre au Mexique, aux États-Unis et au Canada. La dernière Coupe du monde brésilienne remonte à 2002. Vingt-quatre ans de disette pour une nation qui en compte cinq.
Quel impact pour les joueurs formés en Europe, notamment en France et en Afrique ?
L’arrivée d’Ancelotti concerne aussi les joueurs de double nationalité ou nés en Europe d’origine brésilienne. En Ligue 1, plusieurs profils évoluent avec des passeports brésilo-européens. Le message envoyé par la CBF est clair : le nouveau sélectionneur regardera la forme en club, pas le championnat dans lequel on évolue.
Plus intéressant encore pour le public africain : la méthode Ancelotti a toujours fasciné les entraîneurs du continent. Sa capacité à gérer des groupes multiculturels, à faire coexister des ego immenses dans un vestiaire — de Shevchenko à Kaká, de Cristiano Ronaldo à Mbappé — est une référence dans tous les centres de formation africains qui forment leurs futurs techniciens sur les modèles européens.
Du côté du Maroc, on regardera ce chantier brésilien avec attention. La Seleção et les Lions de l’Atlas pourraient se retrouver dans le même tableau lors du Mondial 2026 — une compétition qui se jouera en partie au sol nord-américain, avec des groupes qui pourraient mêler CONMEBOL et CAF. Un choc Brésil-Maroc en phase de groupes ou en huitièmes de finale n’est pas à exclure. Ancelotti doit donc aussi préparer son équipe à affronter des blocs défensifs organisés, style qui caractérise précisément le Maroc de Regragui.
Ancelotti peut-il vraiment transformer la Seleção en 12 mois ?
La question mérite d’être posée sans détour. Sept entraîneurs se sont succédé à la tête du Brésil depuis la Coupe du monde 2014 — le traumatisme du 7-1 contre l’Allemagne à Belo Horizonte reste la blessure ouverte de toute une génération. Tite a reconstruit une base solide, atteint les quarts en 2022 au Qatar, mais a été éliminé par la Croatie aux tirs au but. Depuis, l’instabilité a repris.
Ancelotti ne travaille jamais dans l’urgence. Son style managérial repose sur la confiance installée progressivement, le dialogue avec les leaders du vestiaire, et une organisation défensive claire qui libère les attaquants. Il lui faudra probablement deux ou trois regroupements pour imposer son style de jeu et ses automatismes.
La Coupe du monde 2026 laisse treize mois de qualification et de préparation. C’est court. Mais Ancelotti a déjà gagné une Ligue des champions en prenant les rênes d’un club à mi-saison. Il ne sera pas dépaysé par la pression.
Ce qu’il faut retenir et ce qu’on attend maintenant
Carlo Ancelotti a officiellement enclenché le nouveau cycle brésilien depuis Rio de Janeiro. Sa promesse de changements dès septembre est une rupture assumée : nouvelles têtes, nouveau système, nouvelle dynamique. Pour une sélection qui porte le poids de vingt-quatre ans sans titre mondial, le pari est immense — mais l’homme à la barre en a vu d’autres.
La liste de septembre sera le premier vrai test de ses intentions. Qui entre ? Qui sort ? Vinicius Jr confirmé comme patron offensif ? Un nouveau milieu imposé ? Les réponses arriveront dans les prochaines semaines. D’ici là, tous les regards sont tournés vers le siège de la CBF à Rio.
Et vous, pensez-vous qu’Ancelotti peut enfin redonner au Brésil son statut de favori numéro un pour la Coupe du monde 2026 ?
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Source : Foot Mercato








