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Laurent Blanc défend Zidane : pourquoi le soutien compte vraiment

Il y a des prises de parole qui ne sont jamais anodines dans le football français. Quand Laurent Blanc sort de sa réserve habituelle pour défendre publiquement Zinédine Zidane, futur sélectionneur annoncé de l’équipe de France, c’est un signal fort. Blanc sait ce que c’est que d’hériter d’un monument, d’un vestiaire sous pression et d’une fédération qui surveille chaque pas. Il a lui-même succédé à Raymond Domenech en 2010, après le fiasco sud-africain. Il parle d’expérience, et ça pèse.

Le contexte est limpide : après l’annonce du départ de Didier Deschamps, qui aura tenu le poste pendant près de douze ans, la question de la succession s’est vite transformée en procès d’intention. Zidane, pressenti pour prendre les rênes des Bleus, fait face à des doutes sur sa capacité à gérer un groupe de cette envergure au quotidien, sans le filet de sécurité d’un club. Blanc, lui, ne voit pas les choses ainsi.

Pourquoi les doutes sur Zidane sont-ils déjà là ?

La question n’est pas anodine. Zidane n’a pas entraîné depuis son départ du Real Madrid en mai 2021. Cela fait plus de quatre ans sans banc, sans vestiaire, sans conférence de presse hebdomadaire. Dans le football de haut niveau, quatre ans, c’est une éternité. Les systèmes évoluent, les profils de joueurs changent, les staffs se renouvellent.

Ses détracteurs pointent aussi l’absence d’expérience internationale en tant que sélectionneur. Diriger un club, même le Real Madrid, ce n’est pas diriger une sélection. Le rythme est différent : quelques rassemblements par an, une gestion à distance des joueurs, des relations complexes avec les clubs formateurs et les agents. Sans oublier la pression médiatique propre à l’équipe de France, l’une des plus scrutées au monde.

Enfin, certains observateurs s’interrogent sur le projet tactique. Quelle identité de jeu Zidane veut-il imprimer aux Bleus ? Au Real, il a su gérer des ego XXL, mais son empreinte tactique reste difficile à résumer en quelques mots. Il n’est pas un idéologue du jeu à la Guardiola ou un bloqueur à la Mourinho. C’est un manager de vestiaire, un homme de confiance. Est-ce suffisant à ce niveau ?

Blanc répond : l’argument du légitimité incarnée

C’est précisément sur ces points que Laurent Blanc est monté au créneau. L’ancien sélectionneur des Bleus (2010-2012) et champion du monde 1998 défend la légitimité de Zidane avec un argument simple mais difficile à contester : personne dans le vestiaire ne remettra en question l’autorité d’un homme qui a tout gagné sur un terrain de football.

Blanc connaît la valeur du symbole dans le football français. En 1998, l’équipe de France portait des joueurs de légende — Desailly, Thuram, Vieira, Zidane lui-même — et la cohésion de ce groupe tenait aussi à une hiérarchie non dite, fondée sur le palmarès et le respect. Aujourd’hui, face à un vestiaire composé de Kylian Mbappé, Antoine Griezmann, ou encore Mike Maignan, Zidane débarque avec une aura que peu d’entraîneurs peuvent revendiquer.

Pour Blanc, la question n’est donc pas de savoir si Zidane saura « tenir » le groupe. Elle est de savoir comment il va construire son staff, choisir ses adjoints, et s’entourer des bons techniciens pour compenser d’éventuelles lacunes tactiques. Un sélectionneur, ce n’est pas qu’un schéma sur un tableau blanc.

Ce que l’histoire des sélectionneurs français nous apprend

La France a une tradition particulière dans le choix de ses sélectionneurs : elle a souvent privilégié les hommes de caractère et de vécu sur les théoriciens du jeu. Michel Hidalgo avait une vision. Aimé Jacquet était un organisateur rigoureux, pas un génie tactique au sens classique. Domenech, lui, a montré les limites du management autoritaire sans socle affectif solide.

Blanc, justement, a incarné une transition délicate. Arrivé après la honte de Knysna, il a remis le groupe debout, qualifié les Bleus pour l’Euro 2012, atteint les quarts de finale. Son bilan est souvent sous-estimé. Il l’a fait sans posséder le palmarès de joueur que Zidane peut brandir, et pourtant il a su imposer son autorité. Son témoignage sur ce que représente la prise en main d’une sélection en crise de confiance vaut donc de l’or.

Deschamps, lui, a régné douze ans. Champion du monde en 2018, finaliste de l’Euro 2016, finaliste de la Coupe du monde 2022 : une longévité et un palmarès qui écrasent tout. Zidane hérite d’un outil performant mais aussi d’attentes démesurées et d’une génération dorée qui entre peut-être dans son dernier grand cycle.

L’enjeu tactique : quel football pour les Bleus de Zidane ?

C’est la vraie inconnue. Au Real Madrid, Zidane a alterné entre un 4-3-3 et un 4-4-2 losange selon les adversaires, sans dogmatisme particulier. Il s’adaptait à ses joueurs plutôt qu’il n’imposait un système. Avec les Bleus, cette approche pragmatique pourrait être un atout comme un handicap.

Un atout, parce que le vestiaire tricolore regorge de profils différents et que la rigidité tactique a parfois coûté cher à Deschamps, critiqué pour un jeu parfois trop défensif au regard du talent disponible. Un handicap, parce que sans ligne directrice claire, les premières semaines de préparation risquent d’être chaotiques.

Le duel à surveiller sera celui entre Mbappé et Griezmann, deux joueurs aux exigences de positionnement bien différentes. Mbappé a quitté le Real Madrid après une saison en demi-teinte et cherche à retrouver sa domination absolue. Griezmann, capitaine de cœur sans le brassard, reste le patron technique des Bleus. Comment Zidane articule-t-il ces deux ego créatifs ? C’est la question tactique centrale.

L’angle africain : des Bleus au profil de plus en plus continental

L’équipe de France, c’est aussi et depuis longtemps un miroir de la diaspora africaine. Une large partie du groupe tricolore est d’origine subsaharienne ou maghrébine, et chaque choix de sélectionneur résonne bien au-delà des frontières hexagonales. Au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali, des millions de supporters suivent les Bleus comme une équipe semi-nationale.

Zidane, lui-même fils de parents algériens originaires de Kabylie, porte une charge symbolique particulière. Sa nomination à la tête des Bleus est vécue dans plusieurs pays d’Afrique du Nord comme un événement historique. En Algérie notamment, l’émotion est réelle : voir « Zizou » coacher l’équipe de France, c’est une forme d’accomplissement collectif qui dépasse largement le football.

Pour les joueurs d’origine africaine du groupe — Marcus Thuram, Ibrahima Konaté, Youssouf Fofana — la présence de Zidane au poste de sélectionneur pourrait aussi faciliter un dialogue intergénérationnel et culturel que certains prédécesseurs avaient parfois du mal à instaurer naturellement.

Ce que Blanc réclame implicitement : du temps et de la confiance

Derrière la prise de position de Blanc, il y a un message implicite à la Fédération française de football et aux médias : laissez Zidane travailler avant de le juger. C’est un appel à la patience dans un environnement qui n’en a guère.

Le calendrier ne sera pas clément. Si Zidane prend le poste, il héritera d’une qualification pour la prochaine Coupe du monde à gérer, d’un premier rassemblement sous les projecteurs brûlants, et d’une presse prête à décortiquer chaque geste, chaque choix de liste, chaque résultat. La grâce d’un sélectionneur débutant dure rarement plus d’un ou deux matchs perdus.

Blanc, lui, a vécu ça. Il sait que le poste use, qu’il isole, et que même les plus solides finissent par en sortir marqués. Sa défense de Zidane ressemble moins à de la complaisance entre anciens champions du monde qu’à un avertissement lucide : le chemin sera plus difficile que les fans ne l’imaginent, et la légende de joueur ne suffira pas indéfiniment.

À retenir

La prise de parole de Laurent Blanc en faveur de Zinédine Zidane arrive à un moment charnière. Elle vient d’un homme qui comprend mieux que quiconque ce que signifie reprendre une équipe de France entre deux cycles. Zidane dispose d’une aura unique, d’un palmarès de joueur sans équivalent, et d’un potentiel de rassemblement fort — y compris au-delà des frontières françaises.

Mais les doutes sont légitimes : l’absence d’entraînement prolongée, les questions tactiques, le management au quotidien d’une sélection. Ce sont des défis réels, pas des fantasmes de mauvais perdants. La réponse, Zidane devra la donner sur le terrain, lors des premiers rassemblements.

Et vous, pensez-vous que Zidane a le profil pour réussir là où même Deschamps avait ses limites ?

Source : Foot Mercato