Deux ans après son arrivée en grande pompe à San Siro, Yunus Musah n’a toujours pas réussi à s’imposer au Milan AC. Cet été, son nom circule du côté de Leeds United, fraîchement promu en Premier League. Mais le nouveau coach milanais, Ruben Amorim, freine : il veut d’abord se forger sa propre opinion sur le milieu américain avant de le laisser partir. Une course contre la montre s’ouvre, entre la patience d’un entraîneur ambitieux et l’impatience d’un joueur qui a besoin de jouer.
Leeds United insiste, Amorim temporise
Le dossier Musah n’est pas une priorité brûlante à Milan, mais il existe. D’après le journaliste et consultant Carlo Pellegatti, Leeds United s’est positionné sur le milieu de terrain américain. Le club anglais, qui retrouve la Premier League après plusieurs saisons d’absence, cherche à renforcer son entrejeu avec des profils athlétiques capables d’évoluer dans un pressing intense.
Problème : Ruben Amorim ne veut pas céder Musah les yeux fermés. Le technicien portugais, arrivé au Milan AC après son passage à Manchester United, entend observer le joueur lors de la préparation estivale avant de statuer. « Leeds est après Musah, mais c’est un joueur qu’Amorim surveille de près et pour lequel il espère trouver une place », a résumé Pellegatti. Le coach milanais a la réputation de ne jamais exclure un joueur sans l’avoir évalué lui-même.
Cette posture n’est pas anodine. Elle signifie qu’Amorim croit — ou veut croire — qu’il reste quelque chose à tirer de Musah. Mais elle laisse aussi le joueur dans un entre-deux inconfortable, suspendu à l’appréciation d’un entraîneur qui ne le connaît pas encore vraiment.
Deux saisons, trop peu de preuves
Yunus Musah a rejoint le Milan AC à l’été 2023, en provenance de Valence CF. Le transfert avait coûté environ 20 millions d’euros. À 21 ans à l’époque, le milieu né à New York d’un père ghanéen et d’une mère italienne portait de réelles ambitions : une première expérience réussie en Liga, une Coupe du monde 2022 disputée avec les États-Unis, un profil moderne de box-to-box capable de couvrir le terrain et de presser haut.
La réalité a été bien plus terne. En Serie A, Musah a multiplié les apparitions en demi-teinte, souvent utilisé en remplaçant ou dans des contextes de match déjà joués. Il n’a jamais réussi à s’approprier un poste, coincé entre les hiérarchies établies et une lecture du jeu milanais qui semblait lui échapper.
Le prêt à l’Atalanta de Bergame lors de la seconde partie de saison 2024-2025 n’a rien arrangé. Gasperini, pourtant réputé pour sublimer des milieux de terrain laborieux, n’a pas trouvé la clé non plus. Pellegatti l’a dit sans détour : « Il a montré vraiment très peu, c’est un joueur absolument ordinaire. » Un jugement sévère, mais qui résume le sentiment général en Italie.
Profil atypique : les raisons d’un rendez-vous manqué
Comment expliquer qu’un joueur sélectionné en Coupe du monde à 20 ans, formé à Valence et vendu pour 20 millions, peine autant à exister dans l’un des meilleurs championnats du monde ? La réponse est probablement tactique.
Musah est avant tout un milieu de pressing, un profil conçu pour courir, récupérer, harceler. Il est moins à l’aise dans les phases de possession, dans l’organisation basse, dans la gestion de l’espace réduit que demande la Serie A. À Valence, il évoluait dans un système plus direct, moins exigeant techniquement dans la construction. À Milan, on lui a demandé d’être un milieu complet dans un environnement de très haute intensité collective.
À Bergame, le problème était différent mais tout aussi bloquant : l’Atalanta d’Atalanta de Gasperini demande une lecture quasi-instinctive des déplacements sans ballon, une intelligence positionnelle que Musah n’a pas encore vraiment montrée. Dans un système à trois milieux, il a souvent semblé en décalage, arrivant une fraction de seconde trop tard sur les transitions.
Le paradoxe Musah, c’est ça : il a les jambes, il a le moteur, mais il manque encore du déclic qui fait passer un bon athlète au rang de milieu fiable en Europe. À 23 ans, la marge de progression existe. Amorim, avec son 3-4-3 basé sur des milieux très mobiles et capables de couvrir des couloirs entiers, pourrait théoriquement trouver une utilisation pour ce profil. Mais cela supposerait que Musah monte d’un cran dans sa régularité technique.
Leeds, un projet séduisant mais une descente en gamme
De l’autre côté de la Manche, Leeds United retrouve la Premier League après une montée en Championship. Le club, historiquement l’un des plus populaires d’Angleterre, veut construire une équipe capable de se maintenir et pourquoi pas de surprendre. Recruter Musah s’inscrit dans cette logique : un joueur de bon niveau de Serie A, international américain, jeune, qui a besoin d’espace et de temps de jeu.
La Premier League pourrait effectivement mieux convenir à son profil. Le championnat anglais valorise l’intensité physique, les demi-espaces, le volume de course. Les clubs de milieu de tableau anglais offrent souvent plus d’espace que ce que proposent les équipes de Serie A dans les matchs fermés.
Mais soyons directs : pour Musah, Leeds représente aussi un recul objectif par rapport aux ambitions qui étaient les siennes en 2023. Passer du Milan AC — six fois champion d’Europe — à un promu en Premier League, c’est un signal fort. Un signal qui peut être positif s’il relance la carrière, ou qui peut confirmer une trajectoire descendante si les choses ne se passent pas bien en Angleterre non plus.
Tout dépend de la façon dont le joueur lui-même — et son entourage — lisent la situation. À 23 ans, jouer est vital. Ne pas jouer à Milan, fût-ce pour un grand club, ne sert à rien pour la suite.
L’angle américain et le lien avec l’Afrique : une histoire familiale
On l’oublie parfois, mais Yunus Musah a des racines ghanéennes. Son père est originaire du Ghana, pays dont le football est l’un des piliers du continent africain. Musah a fait le choix de défendre les couleurs des États-Unis plutôt que celles des Black Stars, une décision qui avait alimenté quelques discussions outre-Atlantique et au Ghana au moment de la Coupe du monde 2022.
Cette double identité est intéressante à observer dans le contexte de sa carrière. Plusieurs joueurs issus de la diaspora africaine en Europe ont connu des trajectoires similaires : brillants très jeunes, peinant à confirmer dans les grands clubs, avant soit de rebondir fort, soit de s’effacer progressivement. Musah est à ce carrefour précis.
Pour les supporters africains qui suivent ses pas, cette saison sera déterminante. Un retour en grâce à Milan ou une confirmation à Leeds : les deux scénarios existent. Mais l’immobilisme — rester sur le banc d’un grand club sans jouer — serait le pire des choix à ce stade de sa carrière.
Amorim peut-il être la clé que Pioli et Gasperini n’ont pas trouvée ?
La question mérite d’être posée sérieusement. Ruben Amorim a une réputation bien précise : il sait remettre des joueurs en confiance, leur donner un cadre clair dans lequel ils savent exactement ce qu’on attend d’eux. À Sporting CP, puis à Manchester United, il a régulièrement sorti de l’ombre des profils qui semblaient coincés dans leurs clubs précédents.
Son système, basé sur des pistons de couloir très actifs et des milieux axials mobiles, pourrait convenir à Musah si ce dernier accepte un rôle très défini — sans balle, couverture du couloir, transition rapide. Ce ne serait pas un rôle de star, mais un rôle utile, lisible, dans lequel il pourrait enfin s’épanouir.
Encore faut-il que la préparation estivale convainque Amorim. Et là, le timing est serré. Le mercato avance, Leeds attend une réponse, et les semaines qui viennent seront décisives.
Ce qu’il faut retenir et la suite à surveiller
Yunus Musah vit l’été le plus important de sa carrière. À 23 ans, après deux saisons milanaises en demi-teinte et un prêt à l’Atalanta sans éclat, il est à la croisée des chemins. Leeds United lui offre une porte de sortie et surtout du temps de jeu. Ruben Amorim, lui, veut d’abord regarder avant de lâcher.
Dans les prochaines semaines, trois échéances à surveiller :
- La préparation estivale du Milan AC : les matchs amicaux de juillet-août seront le premier vrai test sous Amorim.
- La fenêtre de transferts : le mercato estival européen ferme début septembre, Leeds a besoin de recruter vite pour sa première saison en Premier League.
- La sélection américaine : Musah doit rester en forme pour figurer dans les plans du coach des États-Unis, alors que la Coupe du monde 2026 se joue précisément dans ce pays — une échéance qu’il ne peut pas manquer.
Amorim va-t-il voir dans Musah ce que ses prédécesseurs ont raté ? Ou Leeds va-t-il récupérer un joueur libéré enfin de la pression d’un grand club ? La réponse définira peut-être une carrière entière. Et c’est souvent dans ces moments-là que les joueurs trouvent — ou perdent — leur vrai niveau.
Et vous : pensez-vous qu’Amorim peut relancer Musah à Milan, ou un départ à Leeds serait-il la meilleure décision pour lui ?
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Source : Football Italia








