Santiago Cañizares n’a jamais été du genre à arrondir les angles. L’ancien gardien de la Roja, champion du monde 2010 par procuration — blessé avant le tournoi —, s’est fendu d’une sortie remarquée sur le dossier Ferran Torres, annoncé comme une cible sérieuse du Paris Saint-Germain cet été. Sa cible : le FC Barcelone, qu’il accuse, en substance, de mal gérer l’un de ses propres joueurs. Le ton est direct, la critique fondée. Et derrière la polémique médiatique, c’est tout un feuilleton de mercato qui mérite d’être décrypté.
Cañizares tire à boulets rouges sur la gestion barcelonaise
L’ancien portier de Valencia et de l’équipe nationale espagnole n’est pas un commentateur de salon. Il a vécu les grands vestiaires, connu les hiérarchies qui écrasent les talents, et il ne supporte visiblement pas ce qu’il perçoit comme un gâchis programmé autour de Ferran Torres.
Sans détour, Cañizares a pointé du doigt la façon dont le Barça traite l’attaquant valencianiste : un joueur capable, formé au plus haut niveau, mais relégué au rang de variable d’ajustement dans l’effectif blaugrana. Pour l’ancien gardien, le club catalan porte une responsabilité dans la situation actuelle. Laisser partir un international espagnol de 25 ans sans avoir su l’utiliser, c’est un aveu d’échec, pas une opération mercato réussie.
Cette prise de position n’est pas anodine. En Espagne, critiquer le Barça reste un acte qui déchaine les réactions. Cañizares, lui, assume. Et ses arguments méritent qu’on s’y attarde.
Qui est vraiment Ferran Torres ? Le talent mal exploité de Barcelone
Ferran Torres, 25 ans, a l’un des parcours les plus singuliers de sa génération. Formé à Valencia, il explose à Manchester City sous Pep Guardiola, où il démontre une vraie polyvalence : capable d’évoluer en ailier droit, ailier gauche ou même en faux numéro neuf dans le 4-3-3 de Guardiola. En 2021, il inscrit un doublé en Ligue des nations contre l’Allemagne, puis réalise un Euro 2020 solide malgré une concurrence intense en sélection espagnole.
Le Barça le recrute en janvier 2022 pour environ 55 millions d’euros, bonus inclus. À l’époque, le club traverse une crise financière profonde, mais Laporta fait le forcing pour boucler l’opération. Le message est clair : Ferran Torres est censé incarner un renouveau offensif.
La réalité a été bien plus terne. Coincé dans une rotation permanente, souvent sacrifié quand Lewandowski, Raphinha ou Dembélé passent devant, l’Espagnol n’a jamais réussi à s’imposer comme un titulaire indiscutable. Ses statistiques sont correctes — une vingtaine de buts en Liga sur trois saisons — mais loin du niveau attendu pour un joueur acheté à ce prix-là.
Le PSG : pourquoi ce profil intéresse Luis Enrique
Paris cherche depuis plusieurs mercatos un attaquant capable de jouer large, de presser haut et de combiner dans des espaces réduits. Depuis le départ de Kylian Mbappé vers le Real Madrid à l’été 2024, le PSG a reconfiguré son attaque autour de Ousmane Dembélé et de profils plus collectifs. Luis Enrique, le technicien espagnol, a transformé le projet parisien : moins de soliste, plus de système.
Ferran Torres correspond précisément à ce que recherche Luis Enrique — et pour cause, c’est lui qui l’a lancé en sélection espagnole quand il était sélectionneur de la Roja. L’entraîneur catalan connaît le joueur sur le bout des doigts : ses appels dans la profondeur, sa capacité à jouer en une touche, son pressing sans ballon. Sur le papier, l’association est logique.
Le PSG aurait la capacité financière de boucler l’opération. Le Barça, contraint par ses règles de « fair-play financier » interne et ses fameux « leviers économiques », aurait besoin de liquidités. Un transfert dans une fourchette de 20 à 30 millions d’euros — la valeur marchande actuelle de Torres selon plusieurs estimations — pourrait convenir aux deux parties.
L’historique Barça-PSG au mercato : une relation compliquée
Les deux clubs entretiennent depuis quinze ans une relation de rivalité mercato aussi intense que leurs duels en Ligue des champions. Paris a acheté Neymar au Barça pour 222 millions d’euros en 2017, une transaction qui a déstabilisé le football mondial. Depuis, les échanges de joueurs directs entre les deux clubs ont été rares, mais les coulisses sont souvent animées.
Si Ferran Torres rallie le Parc des Princes, il deviendrait le premier joueur à rejoindre directement le PSG depuis le Barça depuis plusieurs années. Symboliquement, cela pèse. Et pour Luis Enrique, récupérer un joueur qu’il a lui-même valorisé en sélection, en le sortant d’un club où il était sous-utilisé, ressemble à une déclaration d’intention.
Le précédent Dembélé — arrivé libre du Barça à Paris en 2023 — montre que le chemin entre Barcelone et Paris peut être fructueux. L’ailier français a retrouvé un second souffle sous Luis Enrique. Torres espère-t-il le même effet ?
Angle tactique : que changerait Torres dans le système du PSG ?
Le PSG de Luis Enrique tourne en 4-3-3 très mobile, avec des ailiers qui rentrent dans l’axe et des pistons hauts pour étirer le jeu. Ousmane Dembélé occupe le couloir droit avec une liberté totale. Sur le flanc gauche, le poste est plus disputé, moins stabilisé.
Torres, capable d’évoluer des deux côtés et de dépanner en pointe, apporterait de la profondeur de banc et une vraie concurrence interne. Ce n’est pas un recrutement pour titulariser immédiatement, mais pour élever le niveau de l’effectif et permettre à Luis Enrique de faire tourner sur trois compétitions — Ligue 1, Ligue des champions et Coupe de France — sans perdre en qualité.
Son profil technique — contrôle orienté, déplacement entre les lignes, finition propre — colle au football de position prôné par le staff parisien. Ce que Guardiola a développé chez lui à City, Luis Enrique peut le réactiver. La question est de savoir si Torres, après trois saisons en demi-teinte à Barcelone, a conservé la confiance nécessaire pour franchir un cap.
L’angle francophone : un dossier qui parle aussi aux supporters africains
Le PSG reste le club français le plus suivi sur le continent africain, au Maroc comme en Afrique subsaharienne. Chaque recrutement estival est scruté avec une attention particulière par des millions de supporters qui suivent le club de la capitale comme leur équipe de cœur.
L’arrivée d’un joueur du calibre de Ferran Torres — international espagnol, passé par City et le Barça — enverrait un signal fort : Paris continue d’attirer des joueurs de premier plan, même dans une ère post-Mbappé. Pour les fans marocains notamment, qui ont vu Achraf Hakimi s’imposer comme le patron défensif du PSG, chaque renfort offensif est examiné à l’aune de l’équilibre collectif que cela implique pour le Marocain.
Torres, par son profil d’ailier qui rentre dans l’axe sur la gauche, libérerait encore plus l’espace pour les montées d’Hakimi côté droit. L’association serait tactiquement cohérente, et les supporters africains du PSG ne manqueront pas de le noter.
Ce qu’on attend dans les prochains jours
Le mercato estival 2026 ferme ses portes fin août. Le Barça, qui cherche à alléger sa masse salariale tout en générant des recettes, doit trancher rapidement sur plusieurs dossiers. Ferran Torres, dont le contrat court encore quelques saisons, n’est pas dans une situation d’urgence — mais le club catalan, lui, a besoin de vendre.
Du côté parisien, Luis Enrique et la direction sportive emmenée par Luís Campos ont établi leurs priorités. Si Torres coche les cases — prix raisonnable, joueur connu du staff, adaptable au système —, le dossier peut aller vite. Les négociations entre clubs de ce niveau prennent rarement plus de deux à trois semaines une fois l’accord de principe trouvé.
Cañizares, lui, a mis les mots sur ce que beaucoup pensent en Espagne : le Barça n’a pas su utiliser Ferran Torres. Si le PSG parvient à le relancer, l’ancien gardien sera certainement le premier à le rappeler.
À retenir : Ferran Torres (25 ans, env. 25 M€) est annoncé dans le viseur du PSG. Son profil colle au 4-3-3 de Luis Enrique, qui le connaît depuis la sélection espagnole. Le Barça doit vendre, Paris cherche de la profondeur offensive. Cañizares a mis le feu aux poudres en médiatisant les ratés catalans. Les prochaines semaines seront décisives.
Et vous — pensez-vous que le PSG est le bon endroit pour que Ferran Torres retrouve son meilleur niveau ?
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Source : Foot Mercato








