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England éliminée par l’Argentine : que va faire Tuchel ?

Une demi-finale de Coupe du monde, c’est déjà mieux que 2022 et le quart perdu face à la France. Mais pour une sélection anglaise portée par une génération dorée et des attentes immenses, l’élimination face à l’Argentine championne du monde en titre sonne comme un aveu d’impuissance. Thomas Tuchel, arrivé en janvier 2025 avec la mission de décrocher le premier titre majeur anglais depuis 1966, se retrouve face à un bilan en demi-teinte et à des interrogations fondamentales sur le projet sportif des Three Lions.

Une élimination qui fait mal : ce que révèle la défaite contre l’Argentine

Perdre contre l’Argentine en 2026, ce n’est pas une honte. L’Albiceleste de Lionel Messi — même vieillissant — reste la référence mondiale depuis son sacre au Qatar. Mais la manière interroge. Les Three Lions ont semblé manquer de solutions face à un bloc argentin organisé, incapables de créer le surnombre dans les zones décisives.

Ce n’est pas la première fois qu’England bute sur ce mur en phase finale. En 2021, la finale de l’Euro perdue aux tirs au but contre l’Italie. En 2018, la demi-finale perdue face à la Croatie. La constante : une sélection qui monte en puissance dans les tours préliminaires mais qui s’effondre tactiquement quand l’adversaire impose une pression haute et un pressing organisé.

Tuchel, technicien reconnu pour ses qualités d’adaptateur tactique — champion d’Allemagne avec le Dortmund, vainqueur de la Ligue des champions avec Chelsea en 2021 — n’a pas réussi à imprimer sa marque dans les grands rendez-vous. Ou pas encore.

Quel système de jeu pour l’Angleterre post-Mondial ?

La question tactique est la plus urgente. Tuchel a oscillé entre un 4-2-3-1 et une défense à trois centraux selon les adversaires. Cette versatilité, qui est une force sur papier, a parfois donné l’impression d’un manque d’identité collective. Les joueurs ne semblent pas toujours savoir quel est le visage « par défaut » de l’équipe.

Face à l’Argentine, le problème positionnel au milieu de terrain a été criant. Jude Bellingham a eu du mal à peser dans un espace compressé. Le Ballon d’Or potentiel de sa génération est paradoxalement moins influent en sélection que dans les grands clubs européens, où il dispose de plus de liberté. Comment Tuchel peut-il mieux le libérer dans une structure nationale contrainte ?

La piste d’un 3-4-2-1 qui permettrait à Bellingham d’évoluer dans un couloir offensif, combinée à deux pistons athlétiques capables de couvrir les flancs, revient régulièrement dans les discussions. Mais cela suppose un recrutement spécifique dans les postes de piston — une fonction hybride défenseur-ailier que peu de joueurs anglais maîtrisent à haut niveau.

L’avenir de la génération dorée : Bellingham, Saka, Foden

Le vrai sujet de fond, c’est la gestion du capital humain. Bukayo Saka, Phil Foden, Bellingham : cette triade offensive est l’une des plus brillantes d’Europe. Mais ces trois-là ont parfois semblé jouer à côté l’un de l’autre plutôt qu’ensemble.

Foden, génie de Manchester City, souffre d’un syndrome bien connu en sélection : le joueur de club ultra-codifié qui perd ses repères dans un environnement différent, avec moins de temps de préparation et des automatismes à construire à la hâte. Sa Coupe du monde 2026 a été celle des éclairs fugaces plutôt que d’une domination continue.

Saka, lui, a encore haussé le ton dans ce tournoi. À 24 ans, il est peut-être le joueur le plus constant, le plus fiable des Three Lions. Son profil — impact direct, percussion, influence sur les deux phases — en fait un pilier pour les prochains cycles. La question n’est pas son avenir en sélection, mais comment construire autour de lui.

Bellingham, quant à lui, devra prouver qu’il peut être décisif dans les matchs qui comptent vraiment sur la scène internationale. Ses statistiques en phases finales de tournoi restent en dessous de ce qu’on attend d’un joueur de son calibre.

La concurrence du gardien et la fragilité défensive

Un élément souvent sous-estimé dans l’analyse de l’Angleterre : la hiérarchie au poste de gardien reste un sujet de tension. Jordan Pickford, titulaire indiscutable depuis 2018, avance en âge. Des prétendants sérieux émergent dans les clubs de Premier League, et la question de la succession est désormais posée à voix haute.

En défense, la solidité a été relative tout au long du tournoi. L’Angleterre a encaissé des buts sur des phases d’inattention collective qui semblent structurelles plutôt que conjoncturelles. Tuchel devra trancher : faut-il davantage de rigueur défensive au détriment de l’expression offensive, ou accepter un certain risque pour libérer les talents offensifs ?

Ce débat n’est pas nouveau, mais l’élimination contre l’Argentine le pose avec plus d’acuité. Une demi-finale mondiale, ça se gagne aussi sur la solidité défensive — et les Argentins l’ont bien montré.

L’angle francophone : quelle leçon pour les sélections africaines et le Maroc ?

Pour les supporters marocains et africains qui ont suivi ce Mondial avec passion, cette demi-finale anglaise offre une lecture intéressante. Le Maroc, lui, a réussi à atteindre les demi-finales du Mondial 2022 au Qatar — une performance historique pour une sélection africaine. La question qui se pose à Walid Regragui et à la fédération marocaine, c’est : comment reproduire et dépasser cet exploit ?

L’Angleterre montre qu’avoir du talent individuel ne suffit pas. La construction collective, l’identité de jeu claire, la gestion des moments de pression : c’est là que se joue la différence entre une sélection compétitive et une sélection championne. Des enseignements que les équipes africaines ambitieuses — Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire — auraient tort de négliger.

Par ailleurs, plusieurs joueurs d’origine africaine évoluent en Premier League et auraient pu — ou pourraient à l’avenir — être concernés par des choix de sélection. Le cas des binationaux reste un sujet brûlant : des profils formés dans les académies anglaises mais réclamés par leurs fédérations d’origine africaine posent une question géopolitique autant que sportive.

Tuchel peut-il survivre à cette élimination ?

La question est moins rhétorique qu’elle n’y paraît. En Angleterre, la pression médiatique et populaire sur le sélectionneur est immense. Gareth Southgate avait été contraint à la démission après l’Euro 2024, malgré quatre années de progrès constants. Tuchel, lui, arrive d’un contexte différent : il a été recruté avec une feuille de route explicite et un mandat de résultats.

Atteindre les demi-finales d’un Mondial à sa première grande compétition avec l’Angleterre, c’est objectivement un résultat honorable. Mais le football anglais ne se satisfait plus des demi-finales. La Football Association devra trancher : lui accorder sa confiance pour l’Euro 2028 — qui se jouera en partie sur le sol britannique — ou repartir sur un nouveau cycle avec un nouveau visage.

Un Euro 2028 à domicile, c’est une opportunité historique que l’Angleterre ne peut pas rater. L’avantage du terrain, la pression positive des supporters, la connaissance des stades : autant de facteurs qui plaident pour la continuité avec Tuchel plutôt qu’un changement précipité. Mais cela suppose un projet clairement défini, des choix tactiques assumés et une hiérarchie stabilisée.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochains mois

Plusieurs échéances vont rapidement structurer l’agenda post-Mondial :

  • La décision de la FA sur le maintien ou non de Tuchel, attendue dans les semaines qui suivent l’élimination.
  • Le mercato estival 2026 en Premier League, qui va remodeler plusieurs clubs et donc les disponibilités des joueurs anglais en termes de temps de jeu et de forme physique.
  • Les qualifications pour l’Euro 2028, qui débuteront à l’automne 2026 — un test immédiat pour voir si l’Angleterre tire les enseignements du Mondial.
  • L’avenir de Bellingham au Real Madrid et son rapport au collectif de sélection : le club formateur conditionne souvent l’état d’esprit du joueur en équipe nationale.

Une chose est claire — pardon, formulons autrement : le chemin vers l’Euro 2028 commence maintenant, dans l’inconfort de cette défaite et dans les décisions difficiles que Tuchel et la FA devront prendre sans filet.

L’Angleterre a les joueurs pour gagner un grand tournoi. Elle n’a pas encore trouvé la formule collective. C’est précisément ce défi que Tuchel devra relever — ou passer la main à quelqu’un qui saura le faire.

À retenir : eliminée en demi-finale par l’Argentine, l’Angleterre de Tuchel quitte le Mondial 2026 avec plus de talent que de certitudes. La question de l’identité de jeu, de la gestion de Bellingham et de la succession à certains postes clés va dominer l’agenda des prochains mois. L’Euro 2028 à domicile est l’horizon. La pression, elle, est déjà là.

Et vous — pensez-vous que Tuchel mérite de continuer avec l’Angleterre, ou l’élimination face à l’Argentine est-elle une faute tactique impardonnable ?

Source : Sky Sports