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Coupe du Monde 2026 : Infantino défend le nouveau format à 48 équipes

Devant les représentants des 211 fédérations membres de la FIFA, Gianni Infantino n’a pas vacillé d’un millimètre. Le patron de l’instance mondiale a affiché une satisfaction sans nuance face au nouveau format de la Coupe du Monde 2026, qui se déroule en ce moment même aux États-Unis, au Canada et au Mexique avec 48 équipes au lieu des 32 habituelles. Un changement historique, voulu de longue date, qui bouleverse les équilibres du football mondial — et dont les effets concrets se lisent déjà sur les pelouses.

Alors que le tournoi bat son plein, les débats autour de ce format XXL n’ont pas disparu. Trop de matchs ? Dilution du niveau ? Ou, au contraire, démocratisation réelle du football planétaire ? Infantino tranche. Et l’argumentaire mérite qu’on s’y attarde sérieusement.

Un format décidé de longue date, une ambition assumée

L’idée d’un Mondial à 48 équipes n’est pas née en 2026. La FIFA l’a officiellement adoptée en janvier 2017, lors d’un Conseil réuni à Zurich. À l’époque, Infantino venait de prendre les rênes de l’organisation après la tempête des scandales de corruption. Il avait fait de l’élargissement de la Coupe du Monde l’un de ses chevaux de bataille — une promesse électorale, aussi.

Le principe : 16 groupes de 3 équipes lors de la phase de poules, puis une phase à élimination directe dès les huitièmes de finale. Ce format a provoqué des crispations immédiates chez les entraîneurs et les clubs européens, qui y voient une surcharge calendaire insoutenable. Mais pour les confédérations africaine, asiatique et nord-américaine, l’élargissement représente une victoire concrète : davantage de nations qualifiées, davantage de visibilité, davantage de revenus.

Ce que le passage de 32 à 48 équipes change vraiment

Sur le papier, les chiffres sont vertigineux. 104 matchs au lieu de 64 lors de l’édition 2022 au Qatar. Une compétition qui s’étire sur 39 jours. Des stades mobilisés dans trois pays et seize villes hôtes différentes, de New York à Vancouver en passant par Mexico City.

La répartition des places par confédération a également changé. L’Afrique (CAF) passe de 5 à 9 représentants. L’Asie-Pacifique de 4,5 à 8,5. L’Europe (UEFA), elle, conserve une représentation importante avec 16 équipes, mais voit son poids relatif diminuer. Ce rééquilibrage est précisément ce qu’Infantino vend comme une « démocratisation » du football mondial.

Les groupes de trois équipes ont également introduit une nouvelle dynamique : chaque match compte double, il n’y a pas de troisième journée de poules anodine. En théorie, le risque de matchs arrangés est réduit — en pratique, le format génère des situations où une défaite peut quand même qualifier, ce qui crée une ambiguïté tactique et stratégique inédite.

L’Afrique, grande gagnante sur le papier

Pour le football africain, l’élargissement du Mondial à 48 équipes est une transformation majeure. Neuf sélections africaines participent à cette édition 2026 — du jamais-vu. Parmi elles, le Maroc, déjà demi-finaliste historique en 2022 au Qatar, qui s’est qualifié avec une régularité impressionnante sous la direction de Walid Regragui.

La présence d’équipes comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Nigeria ou l’Égypte aux côtés des Lions de l’Atlas illustre la profondeur du football continental. Ces nations bénéficient désormais d’une exposition médiatique sans précédent, ce qui pèse directement sur le marché des transferts : les jeunes joueurs africains évoluant dans des championnats secondaires accèdent à une vitrine mondiale qui peut transformer une carrière.

Le Maroc, en particulier, avait démontré en 2022 qu’une nation africaine pouvait rivaliser tactiquement avec les meilleures équipes européennes. Regragui a construit un bloc défensif compact, une transition rapide et une mentalité collective que les observateurs comparent volontiers aux meilleures équipes de club. Une Coupe du Monde à 48 équipes lui offre plus de matchs pour confirmer que 2022 n’était pas un accident.

Les critiques persistent : le niveau dilué est-il un mythe ?

Les détracteurs du format, nombreux en Europe, brandissent un argument récurrent : plus de nations qualifiées signifie un niveau général plus faible, des poules déséquilibrées, des matchs sans enjeu. L’exemple des groupes comportant des équipes très inégales est régulièrement cité.

Mais l’histoire des grandes compétitions mondiales invite à la nuance. La Coupe du Monde est passée de 16 à 24 équipes en 1982, puis de 24 à 32 en 1998. À chaque élargissement, les mêmes critiques ont fleuri — et à chaque fois, la compétition a trouvé son équilibre. Des nations comme la Corée du Sud (demi-finale 2002), le Sénégal (quart de finale 2002) ou précisément le Maroc (demi-finale 2022) ont démontré que les « petites » équipes peuvent bousculer l’ordre établi.

Le vrai risque, plus documenté, concerne la fatigue des joueurs. Les défenseurs des ligues européennes et des syndicats de joueurs comme le FIFPRO avaient prévenu : la densité calendaire combinée — Ligue des champions élargie à 36 clubs, Super Coupe, nouvelle Coupe du Monde des clubs à 32 équipes, Mondial à 48 — pousse les organismes à leur limite. C’est un débat que ni Infantino ni les instances nationales ne peuvent plus esquiver.

Infantino face au congrès : la politique derrière le sport

Le congrès des 211 fédérations membres n’est pas qu’une réunion de bilan sportif. C’est un espace de pouvoir où se joue l’influence politique de la FIFA. En prenant la parole pour défendre le format, Infantino s’adresse autant aux fédérations des pays émergents — celles qui votent, celles qui bénéficient de l’élargissement — qu’aux supporters qui suivent la compétition.

Son message est rodé : plus de nations participantes, c’est plus de revenus redistribués. La FIFA prévoit des recettes autour de 11 milliards de dollars pour cette édition 2026, un record absolu. Une partie de ces revenus alimente directement les fédérations membres, notamment celles d’Afrique, d’Asie et d’Océanie, dont les budgets dépendent largement des dotations de la FIFA.

C’est là que le projet politique d’Infantino se lit le plus clairement : en élargissant la compétition, il fidélise une majorité de fédérations à sa gouvernance. La prochaine élection à la présidence de la FIFA se profile, et les voix africaines, asiatiques et nord-américaines comptent autant, voire plus, que les grandes fédérations européennes au sein du système de vote.

L’angle français : des clubs et des joueurs sous pression

Du côté français, le débat sur le format du Mondial touche directement les clubs de Ligue 1 et les cadors européens qui emploient des internationaux. Le Paris Saint-Germain, l’Olympique de Marseille ou l’Olympique Lyonnais voient leurs joueurs — français, marocains, africains — enchaîner les compétitions à un rythme qui laisse peu de place à la récupération.

La sélection française, de son côté, aborde ce Mondial avec des ambitions maximales. Didier Deschamps a su construire une équipe capable d’aller au bout dans un format long. Mais 39 jours de compétition, c’est aussi 39 jours où les clubs attendent leurs joueurs en retenant leur souffle. Les blessures musculaires dans la dernière ligne droite d’une Coupe du Monde étendue représentent un risque supplémentaire que les staffs médicaux gèrent au millimètre.

Pour les internationaux marocains évoluant en Ligue 1 — on pense à des profils comme ceux formés dans les académies françaises avant de rejoindre les Lions de l’Atlas — ce Mondial à 48 équipes est aussi une opportunité de vitrine unique. Plusieurs matchs supplémentaires en phase de groupe, une exposition mondiale prolongée : les conséquences sur le marché des transferts sont directes et immédiates.

Ce qu’il faut retenir et ce que l’on surveillera

Infantino est conquis, cela ne fait aucun doute. Mais la vraie validation du format viendra des urnes populaires : les audiences télévisées, le remplissage des stades dans les phases de groupe, la qualité des matchs à élimination directe. Les premiers retours de cette édition 2026 seront scrutés par toutes les confédérations avant les discussions sur le Mondial 2030, qui doit se tenir sur trois continents (Europe, Afrique, Amérique du Sud) pour le centenaire de la compétition.

La question du calendrier international reste entière. L’UEFA et les grandes ligues européennes continueront de faire pression pour une réduction de la fenêtre internationale ou une meilleure coordination avec les compétitions de clubs. Le bras de fer ne fait que débuter.

Ce Mondial à 48 équipes est un pari. Pour l’Afrique et les nations émergentes, il représente une promesse tenue. Pour les clubs et les joueurs les plus sollicités, il est une contrainte supplémentaire. Le verdict définitif se lira dans les stades, sur les scores, et dans l’état physique des finalistes le soir du 19 juillet 2026 à MetLife Stadium, New York.

Et vous : le format à 48 équipes rend-il la Coupe du Monde plus belle ou dilue-t-il trop la compétition ? La réponse est dans les matchs — et dans vos commentaires.

Source : Foot Mercato