Paolo Maldini directeur technique de la sélection italienne, Leonardo comme conseiller spécial : le président de la FIGC Giovanni Malagò a officialisé un duo qui personne n’avait vu venir. Ce n’est pas un organigramme ordinaire. C’est le retour de deux figures qui ont façonné le Milan AC des années 2000, réunies cette fois au service d’une Italie en quête de repères.
Pourquoi la FIGC a créé un poste sur mesure pour Maldini
Le poste de directeur technique de la Nazionale n’existait pas sous cette forme. Malagò l’a conçu pour Maldini, avec un objectif précis : apporter de la structure et de la continuité à une sélection qui navigue à vue depuis plusieurs années. L’Italie a raté la Coupe du monde 2022, s’est qualifiée de justesse pour l’Euro 2024, et le projet sportif manque cruellement de fil directeur.
Maldini était le premier choix du nouveau patron de la fédération dès le départ. Mais les négociations ont duré plusieurs semaines avant que la légende milaniste n’accepte. Ce délai n’est pas anodin : Maldini a pris le temps d’imposer ses conditions, dont l’une était la présence de Leonardo à ses côtés. Ce n’est pas la fédération qui a pensé à Leonardo — c’est Maldini lui-même qui l’a suggéré.
« Paolo m’a dit dès le début qu’il serait heureux d’avoir Leonardo comme consultant, parce qu’il y a beaucoup de travail à faire, que ce sera un défi difficile », a expliqué Malagò sur TG2 Post. Le président fédéral a ajouté : « Je suis satisfait aussi, car j’ai un grand respect pour Leonardo. Ce sont deux faces d’une même pièce. »
Leonardo et l’Italie : une relation construite sur trente ans
Leonardo De Araujo fêtera ses 57 ans en septembre. Brésilien de naissance, il est devenu au fil des décennies l’un des hommes les plus italiens du football mondial. Son rapport avec le calcio ne se résume pas à quelques saisons : c’est une biographie entière.
Latéral gauche technique, il rejoint le Milan AC en 1997 et y reste jusqu’en 2001. Il y revient en fin de carrière, en 2002-03, pour raccrocher les crampons en rouge et noir. À lui seul, ce parcours dit l’attachement.
Après la retraite, il reste dans le club de ses amours. D’abord recruteur, il évolue vers le poste de directeur technique pour la saison 2008-09, puis devient entraîneur en 2009-10. C’est dans ce rôle qu’il décroche un huitième de finale de Ligue des champions mémorable contre Manchester United. Puis survient le coup de théâtre : en décembre 2010, il traverse la ville pour devenir entraîneur de l’Inter Milan — un tabou absolu dans la culture du football milanais. Il finit la saison sur le banc nerazzurro, sans jamais vraiment s’en expliquer publiquement.
La suite est plus erratique. Deux passages au Paris Saint-Germain — 2011-2013 puis 2019-2022 — en tant que directeur sportif, entrecoupés d’un épisode turc avec Antalyaspor (quelques mois seulement en 2017). De retour à Milan en 2018-19 comme directeur technique, il retrouve Maldini dans les couloirs de Milanello. C’est là que le duo se forme vraiment, dans la gestion quotidienne d’un club en reconstruction.
Un duo complémentaire, pas un doublon
Malagò l’a formulé avec une image simple : « deux faces d’une même pièce ». Ce n’est pas une métaphore creuse. Maldini et Leonardo ont des profils qui se complètent davantage qu’ils ne se chevauchent.
Maldini est l’autorité morale. Capitaine de l’équipe d’Italie pendant des années, cinq fois vainqueur de la Ligue des champions avec Milan, il incarne ce que la Nazionale voudrait redevenir : solide, organisée, fière de ses valeurs défensives. Chez les jeunes joueurs italiens, son nom pèse autant qu’un titre.
Leonardo apporte la vision de l’observation et du recrutement. Son passage au PSG lui a offert une fenêtre sur le marché mondial. Il a participé à des dossiers complexes, observé des joueurs sur tous les continents. Pour une sélection nationale qui doit identifier les meilleurs Italiens disséminés en Serie A et dans les grandes ligues européennes, ce réseau a de la valeur.
La question qui se pose : comment ce binôme s’articulera-t-il avec le sélectionneur ? La frontière entre direction technique et staff d’entraînement est toujours délicate à tracer. Chez les clubs, Maldini et Leonardo ont parfois connu des frictions avec les coaches. En sélection, le risque existe aussi, mais l’absence de mercato quotidien devrait limiter les zones de tension.
Quel diagnostic pour l’Italie actuelle ?
La Nationale traverse une période de reconstruction générationnelle. Les Chiellini, Bonucci, Verratti ont tiré leur révérence ou s’en approchent. La génération suivante — Barella, Tonali (quand il reviendra de suspension), Frattesi, Cambiaghi — existe, mais elle manque de cadres et de cohésion tactique.
Le bilan en compétitions officielles depuis l’Euro 2020 (gagné en finale à Wembley contre l’Angleterre) est sévère : absence en Coupe du monde 2022 après la défaite en barrage face à la Macédoine du Nord, puis des résultats en dents de scie en qualification. L’Euro 2024 avait été décevant collectivement.
Le rôle de Maldini ne sera pas de choisir les joueurs à la place du sélectionneur, mais de construire un projet cohérent : filières de formation, philosophie de jeu à inculquer dès les équipes de jeunes, identification des talents émergents. Bref, ce que font les meilleures nations de football depuis des années — et ce que l’Italie a négligé.
L’angle PSG : quand Leonardo croise la route du football francophone
Pour les supporters francophones, Leonardo n’est pas un inconnu. Ses deux passages au Paris Saint-Germain sont gravés dans la mémoire collective du football français. Entre 2011 et 2013, il est l’artisan de l’ère Qatar Sports Investments : c’est lui qui supervise les premières recrues de l’ère Qatari, pose les bases d’un projet qui allait transformer le club parisien.
Son retour en 2019 est plus agité. Il recrute notamment Neymar, gère les extensions de contrat de Mbappé dans un contexte de tension permanente avec le joueur et son entourage. Il quitte le club en 2022 dans des circonstances floues, après des désaccords internes. Son bilan parisien est contrasté : des coups de marché audacieux, mais une instabilité chronique et aucun titre en Ligue des champions.
Ce parcours au PSG lui confère néanmoins une connaissance fine du marché des transferts et des agents influents. Dans une sélection nationale où plusieurs joueurs évoluent en Ligue 1 — on pense à Theo Hernandez à Milan mais aussi aux Italiens qui gravitent dans l’orbite du football français — ce carnet d’adresses peut s’avérer précieux.
Ce que ce duo change concrètement pour la Nazionale
Difficile de mesurer l’impact immédiat d’une nomination. Les directeurs techniques en sélection nationale ont souvent un rôle plus symbolique qu’opérationnel. Mais dans le cas de Maldini, la légitimité est immédiate et indiscutable — quelque chose que la FIGC n’a pas toujours su s’offrir ces dernières années.
Plusieurs chantiers concrets se dessinent :
- La cohérence entre les sélections de jeunes et l’équipe A, un lien souvent rompu en Italie faute de philosophie commune.
- La détection précoce des joueurs formés à l’étranger mais éligibles à la Nazionale — un enjeu réel dans un pays où la diaspora footballistique s’étend jusqu’en Amérique du Sud et en Europe du Nord.
- La relation avec les clubs de Serie A pour faciliter les regroupements et réduire les conflits d’agenda.
- La construction d’un cadre tactique de référence que tous les entraîneurs des équipes nationales partagent.
Leonardo, dans ce schéma, interviendrait davantage sur les aspects de recrutement et d’analyse que sur la direction stratégique. Un consultant extérieur, avec une liberté de parole que Maldini, engagé officiellement, ne peut pas toujours se permettre.
La suite à surveiller : le sélectionneur, les premières échéances, le calendrier
Le tandem Maldini-Leonardo est en place, mais la question du sélectionneur reste centrale. C’est le coach qui tranche sur les convocations, les systèmes de jeu, la gestion du groupe. La cohabitation entre un directeur technique de l’envergure de Maldini et un entraîneur devra être clairement définie pour éviter les guerres de territoire qui ont parasité d’autres projets nationaux.
Les premières échéances compétitives donneront une première mesure de l’impact réel de cette réorganisation. La Nazionale joue sa qualification pour la prochaine Coupe du monde — un impératif après l’échec de 2022. Rater deux Mondiaux consécutifs serait un traumatisme difficile à surmonter pour le football italien.
À retenir : Maldini a accepté un poste créé pour lui, à condition d’avoir Leonardo dans le bagage. La FIGC a dit oui à tout. C’est un pari sur deux hommes qui se connaissent depuis trente ans, qui ont construit et parfois détruit ensemble, et qui reviennent avec une mission claire : redonner à l’Italie un projet footballistique digne de son histoire. Le chantier est immense. L’ambition, elle, est affichée.
Et vous — pensez-vous que Maldini a le profil pour réformer une fédération aussi complexe que la FIGC, ou le monde des clubs reste-t-il son seul vrai terrain ?
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Source : Football Italia






