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Mondial à 64 équipes : Infantino relance le débat avant 2026

Le Mondial 2026 n’a pas encore débuté qu’il fait déjà figure d’étape provisoire. Gianni Infantino, président de la FIFA, vient de confirmer publiquement que l’idée d’un tournoi élargi à 64 sélections est sérieusement sur la table. Une déclaration qui tombe comme une bombe dans un football mondial déjà sous haute tension, alors que l’édition à 48 équipes au Canada, aux États-Unis et au Mexique n’a pas encore livré son premier match.

Derrière l’annonce du patron de la FIFA, il y a une logique commerciale implacable, des enjeux géopolitiques considérables et, pour les nations africaines comme pour le Maroc, une opportunité historique — ou un risque de noyade. Décryptage.

De 32 à 48, puis 64 : la FIFA et l’obsession de la croissance

Rappelons l’histoire pour mesurer l’ampleur du chemin parcouru. La Coupe du Monde a accueilli 16 équipes lors de ses premières éditions, avant de passer à 24 en 1982, puis à 32 en 1998 — un format qui a tenu pendant exactement 28 ans, de France 98 jusqu’à 2022 au Qatar.

Le saut à 48 équipes pour 2026 a été voté en 2017, sous la houlette d’Infantino lui-même. L’argument officiel ? Ouvrir le football aux nations émergentes, redistribuer les places entre les confédérations, démocratiser la compétition. L’argument officieux, que personne ne cherche vraiment à masquer : multiplier les matches, donc les droits télévisés, donc les recettes.

Le Mondial 2026 comptera ainsi 104 matches contre 64 en 2022. Un record absolu. Et voilà qu’avant même que ce format inédit ait été testé, Infantino parle déjà de 64 équipes. Ce serait, si cela se concrétisait, 128 matches au minimum, selon les formats envisageables. La mécanique est rodée : chaque annonce prépare la suivante.

Pourquoi Infantino avance cette idée maintenant

Le calendrier de la déclaration n’est pas anodin. Nous sommes en juillet 2026, en plein Coupe du Monde. Les stades nord-américains affichent complet, les audiences télévisées battent des records sur plusieurs continents, et la FIFA engrange des revenus publicitaires et de sponsoring sans précédent.

C’est précisément dans ce contexte euphorique qu’Infantino choisit de lâcher l’idée des 64 équipes. Pas un hasard. Quand les chiffres sont au vert, les projets les plus audacieux passent mieux. Le président de la FIFA sait qu’il sera difficile de s’opposer à une expansion si le Mondial 2026 est un succès populaire et financier.

Il y a aussi une lecture politique. Plusieurs confédérations — notamment la CAF (Afrique) et l’AFC (Asie) — militent depuis des années pour obtenir plus de places. Promettre un Mondial à 64 équipes, c’est promettre davantage de billets à distribuer, donc davantage de voix au Congrès FIFA. La mécanique du pouvoir à Zurich n’a pas changé depuis des décennies.

Ce que cela changerait concrètement pour le tournoi

Techniquement, passer à 64 équipes pose des questions pratiques colossales. Le format du Mondial 2026 à 48 équipes a déjà exigé un pays hôte triple (Canada, États-Unis, Mexique) pour absorber le volume de matches. Avec 64 sélections, il faudrait soit un pays hôte d’une capacité logistique exceptionnelle, soit une co-organisation étendue à quatre ou cinq nations.

Sur le plan sportif, le débat est vif. Les détracteurs avancent que diluer le niveau de la phase de groupes affaiblit la compétition : des matches à sens unique, des écarts de niveau caricaturaux, un intérêt télévisuel en berne sur les rencontres sans enjeu. C’est déjà une critique formulée pour l’édition à 48 équipes, où les groupes de trois nations (dans le format initial) ont été jugés propices aux calculs tactiques et aux matches nuls arrangés.

Les partisans, eux, rappellent que le football mondial s’est rarement trompé en s’ouvrant davantage. Japon et Corée du Sud en 2002, Sénégal la même année, Australie en 2006 : les surprises viennent souvent des nations que l’on croyait trop faibles pour marquer leur époque.

L’Afrique et le Maroc : entre opportunité et méfiance légitime

Pour le continent africain, l’enjeu est immense. La CAF dispose aujourd’hui de 9 places qualificatives pour le Mondial 2026 contre 5 lors des éditions précédentes à 32 équipes. Un passage à 64 équipes pourrait porter ce quota à 12, voire 14 sélections africaines. Ce serait une révolution.

Le Maroc, co-organisateur du Mondial 2030 avec l’Espagne, le Portugal et d’autres nations, a toutes les raisons de regarder cette évolution avec attention. La sélection marocaine, demi-finaliste historique en 2022 au Qatar, incarne aujourd’hui une génération dorée autour de joueurs comme Achraf Hakimi, Hakim Ziyech ou Brahim Díaz. Plus de places en phase finale signifie aussi plus de nations africaines capables de se qualifier et de créer des vocations sur tout le continent.

Mais la méfiance est légitime. Plus de places ne signifie pas automatiquement plus de moyens. Les fédérations africaines souffrent encore de problèmes d’infrastructure, de formation et de financement. Envoyer davantage de sélections en Coupe du Monde sans renforcer les bases du football continental, c’est risquer d’exposer des équipes sous-préparées à des humiliations publiques — l’inverse de l’effet recherché.

Des voix s’élèvent déjà pour réclamer que tout élargissement du Mondial soit accompagné d’un plan d’investissement structurel dans les confédérations les moins dotées. Un discours que la FIFA entend, mais que ses actes tardent encore à confirmer.

Les clubs européens : une opposition frontale à prévoir

Si Infantino est enthousiaste, les grands clubs européens, eux, voient rouge. La Ligue des champions a déjà été réformée pour intégrer 36 équipes à partir de 2024-2025, le calendrier international est saturé, et les joueurs multiplient les alertes sur la fatigue et les blessures.

Un Mondial à 64 équipes signifie un tournoi encore plus long, des joueurs absents plus longtemps des clubs, et une fenêtre internationale qui empiète davantage sur les championnats nationaux. L’ECA (Association Européenne des Clubs) et plusieurs syndicats de joueurs ont déjà exprimé leur hostilité à tout alourdissement supplémentaire du calendrier.

La FIFPro, syndicat mondial des joueurs professionnels, a publié plusieurs rapports alarmants sur le nombre de matches joués par les internationaux évoluant dans les grands clubs. Pour un joueur comme Kylian Mbappé ou Vinícius Júnior, la saison 2025-2026 cumule déjà Ligue des champions élargie, championnat national et Coupe du Monde. Ajouter des semaines supplémentaires à un Mondial gonflé à 64 équipes, c’est prendre un risque médical que les médecins du sport ne cessent de pointer.

Quel calendrier pour un Mondial à 64 équipes ?

La question du timing est centrale. Si la FIFA vote un tel élargissement, pour quelle édition entrerait-il en vigueur ? Le Mondial 2030, co-organisé par le Maroc, l’Espagne et le Portugal (avec des matches symboliques en Amérique du Sud pour le centenaire), est déjà une édition hors normes sur le plan logistique. Difficile d’y greffer 64 équipes sans une refonte complète.

Le Mondial 2034, attribué à l’Arabie Saoudite, serait alors le candidat naturel pour une première édition à 64 sélections. Riyad dispose des ressources financières pour construire les infrastructures nécessaires, et l’Arabie Saoudite a tout intérêt à accueillir une Coupe du Monde encore plus grande pour maximiser son rayonnement diplomatique et touristique.

Mais d’ici là, il faudra un vote du Congrès FIFA, des négociations avec les confédérations, des discussions avec les diffuseurs et les sponsors — et probablement un bras de fer avec les ligues européennes. Rien n’est acquis.

À retenir et à surveiller

Gianni Infantino a confirmé que l’idée d’un Mondial à 64 équipes n’est pas une fantaisie, mais une piste concrète à l’étude à la FIFA. L’annonce intervient au moment où le Mondial 2026 à 48 équipes se déroule, offrant à la FIFA une vitrine idéale pour valider — ou invalider — son modèle élargi.

Pour l’Afrique et le Maroc, l’enjeu est double : plus de places en phase finale, mais aussi la nécessité d’un vrai plan de développement structurel pour en tirer profit durablement. Pour les clubs européens et les joueurs, c’est une menace supplémentaire sur un calendrier déjà saturé.

Les prochains mois seront décisifs. Le bilan sportif et commercial du Mondial 2026 conditionnera directement l’appétit des membres de la FIFA pour un nouveau saut dans l’inconnu. Si les audiences et les recettes confirment les projections, le vote pourrait aller vite. Si des problèmes organisationnels émergent avec 48 équipes, le projet à 64 sera repoussé aux calendes grecques.

Une question s’impose alors : élargir encore la Coupe du Monde, est-ce vraiment rendre service au football — ou simplement à la FIFA ?

Source : Foot Mercato