You are currently viewing Propos racistes contre Mbappé : le Sénat paraguayen entre en action

Propos racistes contre Mbappé : le Sénat paraguayen entre en action

Cinq heures de débat au Sénat paraguayen pour des insultes racistes visant un footballeur français. L’image dit tout de la portée planétaire de Kylian Mbappé et de la gravité des propos tenus par Celeste Amarilla, sénatrice paraguayenne, à son encontre. La chambre haute du Congrès du Paraguay a finalement adopté une motion condamnant ces sorties, un geste institutionnel rare qui place cette affaire bien au-delà du simple dérapage verbal.

Les propos en question avaient rapidement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant une vague d’indignation internationale. Qu’une élue de la République ose tenir un discours à caractère raciste envers l’un des joueurs les plus célèbres de la planète — et l’un des visages les plus exposés du football mondial — a déclenché une réaction en chaîne que même l’intéressée n’avait sans doute pas anticipée.

Que s’est-il dit exactement au Sénat de l’Asunción ?

La séance a duré cinq heures. Cinq heures de débats houleux entre sénateurs qui ne s’accordaient ni sur la nature des propos, ni sur la réponse institutionnelle à y apporter. Finalement, la motion condamnant les déclarations de Celeste Amarilla a été adoptée. C’est un désaveu formel, exprimé par ses propres pairs, envers une élue en exercice.

Celeste Amarilla est une figure connue de la vie politique paraguayenne. Ses prises de position passées avaient déjà nourri des polémiques, mais viser Mbappé par des propos à caractère raciste constituait un franchissement de seuil d’une autre dimension. Le Paraguay n’est pas une grande puissance du football mondial, mais il possède une culture footballistique profonde — pays de José Luis Chilavert, de Roque Santa Cruz — et cette affaire a mis le pays dans une lumière peu flatteuse.

La motion adoptée n’a pas de valeur juridique contraignante. Elle ne conduit pas à une sanction pénale automatique. Mais symboliquement, elle envoie un signal clair : même dans un hémicycle sud-américain, les discours racistes contre un joueur de football international ne passent plus sans réponse.

Mbappé, une cible récurrente du racisme en ligne et hors ligne

Ce n’est malheureusement pas la première fois que Kylian Mbappé se retrouve au cœur d’une affaire de racisme. L’attaquant du Real Madrid et de l’équipe de France a régulièrement été la cible de messages, de publications ou de déclarations à caractère discriminatoire depuis son irruption sur la scène mondiale lors de la Coupe du monde 2018.

Après la finale de l’Euro 2020, des milliers de messages racistes avaient ciblé plusieurs joueurs de l’équipe de France sur les réseaux sociaux. Mbappé en faisait partie. Après chaque échec collectif ou performance individuelle décevante, la mécanique se répète : une partie des attaques prend une couleur raciste. Ce phénomène n’est pas propre à la France ou au football européen — l’affaire paraguayenne le démontre avec éclat.

À 26 ans, Mbappé est l’un des sportifs les plus influents du monde. Sa communauté sur les réseaux sociaux dépasse les 100 millions d’abonnés sur Instagram. Cette exposition en fait à la fois un symbole et une cible. La violence symbolique à laquelle il est exposé reflète des tensions qui traversent nos sociétés bien au-delà des terrains de foot.

L’angle africain et francophone : une affaire qui parle à un continent entier

Pour les supporters francophones d’Afrique, et notamment les millions de fans marocains, sénégalais, ivoiriens ou camerounais qui suivent Mbappé depuis ses débuts à Monaco, cette affaire résonne d’une façon particulière. Mbappé incarne quelque chose qui dépasse le football pour une large partie du continent africain : le parcours d’un fils de la diaspora, né à Bondy, devenu le joueur le mieux payé du monde.

Quand des propos racistes visent Mbappé dans un Parlement étranger, ce n’est pas seulement le joueur qui est touché. C’est une communauté entière qui se sent visée. Les réactions sur les réseaux sociaux en Afrique francophone ont été immédiates et véhémentes. Pour beaucoup, Mbappé n’est pas qu’un footballeur français — il est le symbole d’une génération qui a grandi entre deux cultures et qui refuse que la couleur de sa peau définisse sa valeur.

L’équipe de France, avec Mbappé en tête, est l’une des sélections les plus suivies sur le continent africain. Chaque affaire raciste qui la touche alimente un débat plus large sur la place des joueurs d’origine africaine dans le football européen et sur la persistance du racisme structurel dans le sport.

Le football face au racisme : institutions, limites et avancées réelles

L’affaire Celeste Amarilla intervient dans un contexte où la lutte contre le racisme dans le football a fait des progrès — mais aussi révélé ses limites. La FIFA et l’UEFA ont durci leurs protocoles ces dernières années. Des matchs peuvent être arrêtés en cas d’insultes racistes dans les tribunes. Des sanctions sportives peuvent frapper des clubs dont les supporters se livrent à des comportements discriminatoires.

Pourtant, les actes racistes continuent, sous d’autres formes. Les réseaux sociaux ont déplacé une partie de la violence hors du stade, dans l’anonymat des écrans. Et quand les insultes viennent non pas d’un supporter anonyme mais d’une élue politique, les mécanismes habituels — FIFA, LFP, UEFA — ne s’appliquent plus de la même façon. C’est là toute la singularité de cette affaire paraguayenne.

La réponse institutionnelle du Sénat paraguayen mérite donc d’être saluée, avec lucidité. Elle ne règle pas le problème de fond. Elle ne punit pas Celeste Amarilla d’une sanction concrète. Mais elle dit que les représentants du peuple paraguayen, dans leur majorité, ne cautionnent pas ce type de discours. C’est peu, mais c’est mieux que le silence.

Mbappé au Real Madrid : une stature mondiale qui amplifie chaque polémique

Il faut mesurer l’effet de loupe que représente désormais le statut de Mbappé au Real Madrid. Depuis son transfert au club merengue à l’été 2024, le joueur est passé dans une autre dimension médiatique. Le Real Madrid, c’est le club le plus titré de l’histoire de la Ligue des champions, le club de Bernabéu, de Di Stéfano, de Zidane. Chaque fait et geste de ses joueurs vedettes est amplifié à l’échelle mondiale.

Un propos raciste contre Mbappé en 2024 ou 2025 ne reste pas confiné à un fil Twitter paraguayen. Il circule en quelques heures sur tous les continents, traduit, commenté, amplifié. C’est précisément ce mécanisme qui a conduit le Sénat paraguayen à se saisir du sujet : l’onde de choc internationale ne laissait pas d’autre choix que de réagir.

Pour Mbappé lui-même, ces affaires sont une réalité du quotidien. Son entourage et lui ont appris à gérer cette exposition. Mais l’accumulation finit par peser. Plusieurs joueurs de haut niveau — Marcus Rashford, Raheem Sterling, Kalidou Koulibaly — ont témoigné publiquement des dégâts psychologiques que les attaques racistes répétées provoquent, même chez des individus entraînés à la pression.

Ce que cette affaire devrait changer — et ce qu’elle changera probablement peu

La motion du Sénat paraguayen est un signal, pas une solution. Pour que les choses changent vraiment, plusieurs conditions doivent être réunies.

  • Des sanctions politiques effectives contre les élus qui tiennent des propos racistes publics, au-delà du simple désaveu symbolique.
  • Une coopération internationale renforcée entre les instances du football et les États pour traiter le racisme qui déborde des stades vers les espaces publics et politiques.
  • Un soutien plus visible des clubs envers leurs joueurs victimes de discrimination : le Real Madrid, comme d’autres grands clubs, dispose d’un poids diplomatique considérable qu’il n’utilise pas toujours pleinement.
  • Une éducation continue dans les fédérations nationales, y compris en Amérique du Sud, où les débats sur le racisme dans le football restent parfois tabous.

L’affaire Amarilla-Mbappé ne sera probablement pas un tournant historique. Mais chaque fois qu’une institution — même imparfaitement — dit non au racisme contre un joueur de football, une ligne est tracée. Et ces lignes, accumulées, finissent par former une frontière.

À retenir

Le Sénat paraguayen a adopté une motion contre les propos racistes de la sénatrice Celeste Amarilla visant Kylian Mbappé, après cinq heures de débat. Geste symbolique mais fort, il illustre l’ampleur mondiale de l’image de Mbappé et la persistance du racisme dans les espaces publics, y compris politiques. Pour les supporters francophones d’Afrique, cet épisode rappelle que les enjeux autour de Mbappé dépassent largement le rectangle vert. La suite à surveiller : une éventuelle réaction officielle de la Fédération française de football, du Real Madrid, ou de Mbappé lui-même — dont le silence ou la prise de parole sera, comme toujours, scruté à la loupe.

Et vous : pensez-vous que les institutions sportives internationales devraient avoir un rôle plus direct face aux déclarations racistes émanant d’acteurs politiques ?

Source : Foot Mercato