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Buffon contre Mancini : quand la légende italienne remet en cause le choix

Gianluigi Buffon, 128 sélections, un Mondial et une carrière entière consacrée à la défense des couleurs azzurres — quand il parle de l’Italie, il parle d’autorité. Et ce qu’il a dit récemment est loin d’être anodin : l’ancienne légende de la Juventus et de la Squadra Azzurra aurait fait un autre choix que celui de la Fédération italienne, qui a décidé de reconfier les clés de la sélection à Roberto Mancini. Un désaccord qui mérite d’être décortiqué, parce qu’il révèle bien plus qu’une simple divergence de vue sur un nom de sélectionneur.

Un retour de Mancini qui ne fait pas l’unanimité

La décision de la Fédération italienne de football (FIGC) de rappeler Roberto Mancini sur le banc de la Squadra Azzurra a surpris une partie du monde du football transalpin. Mancini avait quitté son poste en août 2023 de manière fracassante, claquant la porte pour rejoindre — de façon inattendue — l’Arabie Saoudite et la sélection saoudienne. Le départ avait laissé un goût amer en Italie, d’autant que l’équipe traversait déjà une période délicate après l’élimination au premier tour de l’Euro 2024.

Luciano Spalletti avait pris la relève, mais son bilan n’a pas suffi à convaincre la FIGC de lui accorder davantage de temps. La Fédération a donc fait le choix du retour, un pari sur la valeur d’un homme qui avait offert à l’Italie son titre européen à l’Euro 2020 — disputé en 2021 en raison du Covid. Un titre qui reste le dernier grand trophée de la Nazionale.

C’est dans ce contexte que la prise de position de Buffon prend toute sa dimension. Pas une attaque frontale, mais une nuance lourde de sens : il n’aurait pas choisi Mancini.

Buffon, la voix qui compte encore

Depuis qu’il a raccroché les gants en 2023 après une dernière saison à Parme — club qu’il a ensuite rejoint dans un rôle de direction — Gianluigi Buffon s’exprime peu mais bien. Chacune de ses prises de parole sur l’avenir de la sélection italienne est scrutée, parce qu’il incarne, mieux que quiconque, l’ADN de la Nazionale sur les trois dernières décennies.

Ce n’est pas la première fois qu’il montre une forme de distance avec Mancini. Les deux hommes ont cohabité longtemps au sein de la sélection italienne, mais les affinités n’ont jamais semblé évidentes. Buffon représente l’école de la rigueur défensive, du sacrifice collectif, de la continuité. Mancini, lui, a toujours incarné un football plus offensif, plus flamboyant — parfois au détriment de la solidité.

La question posée par ce désaccord est simple : qui avait raison sur ce qu’est aujourd’hui l’Italie et ce dont elle a besoin ?

L’Italie, une crise qui dure : les faits bruts

Pour comprendre l’enjeu de ce choix de sélectionneur, il faut regarder ce que vit la Squadra Azzurra depuis plusieurs années. Deux absences consécutives en Coupe du monde — 2018 et 2022 — constituent un traumatisme sans précédent pour une nation qui a remporté quatre fois la compétition. Entre les deux, l’Euro 2020 a offert un éclat, une bouffée d’oxygène, un titre arraché en finale contre l’Angleterre aux tirs au but à Wembley. Mais l’illusion d’une renaissance a été de courte durée.

À l’Euro 2024 en Allemagne, l’Italie championne d’Europe en titre a été éliminée dès les huitièmes de finale par la Suisse — 2-0, sans discussion. Un résultat qui a accéléré la remise en question générale. Spalletti, arrivé avec de bonnes intentions, n’a pas trouvé le ton juste avec un groupe fragilisé et une génération de joueurs en perte de repères.

La génération dorée — Buffon, Totti, Del Piero, Pirlo, Cannavaro — appartient définitivement au passé. Ce qui vient derrière manque cruellement de leaders. Nicolo Barella existe. Sandro Tonali revient après sa suspension. Federico Chiesa est blessé depuis trop longtemps. L’attaque est le point noir historique : aucun buteur capable de peser sur les grandes affiches.

Pourquoi Buffon n’aurait pas choisi Mancini : ce que ça dit

Sans connaître le nom qu’aurait préféré Buffon, on peut lire sa position comme un signal sur la méthode plus que sur la personne. Rappeler un sélectionneur qui est parti en laissant un sentiment d’inachevé, voire de trahison selon certains observateurs italiens, c’est un message ambigu envoyé au groupe.

La question de la crédibilité se pose. Mancini revient dans un vestiaire qu’il a quitté brutalement. Les joueurs de la génération actuelle — nés avec le football professionnel comme référence — sont sensibles à ce genre de signal. Est-ce qu’on suit un entraîneur dont on sait qu’il peut partir du jour au lendemain si une offre plus lucrative arrive ?

Buffon, par son positionnement, pointe probablement vers un profil différent : quelqu’un d’ancré dans l’Italie, dans sa culture footballistique, dans ses clubs. Quelqu’un qui ne soit pas tenté par les pétrodollars du Golfe. Ce n’est pas une critique de Mancini le technicien — son bilan à Manchester City et à l’Euro 2020 parle pour lui — mais une interrogation sur le projet et l’engagement.

Mancini : quel football pour cette Italie-là ?

Sur le plan tactique, le retour de Mancini soulève des questions concrètes. À l’Euro 2020, la Nazionale avait fonctionné avec un 4-3-3 flamboyant, un pressing haut, une animation offensive collective autour de Verratti, Barella et Jorginho. Ce système reposait sur des joueurs alors à leur pic — et sur un Verratti qui, depuis, a quitté l’Europe pour le Qatar.

En 2026, les paramètres ont changé. Jorginho approche de la fin de carrière internationale. Verratti n’est plus là. Le profil des attaquants disponibles — Retegui, Kean, Raspadori — est différent de Immobile ou Insigne. Mancini devra adapter son système, probablement vers un bloc plus compact, ou trouver une nouvelle identité offensive. Ce chantier est immense et le temps presse : les qualifications pour le Mondial 2026 ont déjà commencé.

L’Italie évolue dans un groupe qui comprend des adversaires à ne pas sous-estimer. Un nouveau raté en qualification serait une catastrophe nationale, et Mancini le sait mieux que quiconque — c’est lui qui a vécu le désastre de 2017 lors des barrages contre la Suède qui avait coûté à l’Italie le Mondial 2018.

L’angle francophone : des joueurs italiens que la France suit de près

La reconstitution de cette Italie intéresse aussi les observateurs français et africains, pour plusieurs raisons. D’abord, parce que les clubs de Serie A sont des destinations importantes pour de nombreux joueurs suivis de près en France et au Maghreb. Ensuite, parce que l’Italie partage souvent le tableau des compétitions européennes avec des représentants franco-africains.

Mais il y a un angle plus direct : Matteo Retegui, l’attaquant de l’Atalanta et de la sélection italienne, a des origines argentines mais incarne la quête italienne d’un avant-centre de référence. Son cas rappelle celui de nombreux joueurs d’origine diverse qui doivent choisir leur sélection — une problématique que connaissent bien les supporters marocains ou franco-africains, habitués à voir leurs compatriotes courtisés par plusieurs nations.

Par ailleurs, la confrontation potentielle entre l’Italie et des équipes africaines lors du Mondial 2026 — qui se disputera aux États-Unis, au Canada et au Mexique — est déjà dans les esprits. Le Maroc, qualifié dans une poule favorable, pourrait croiser la route des Azzurri dans les phases finales. Cette Italie-là, en reconstruction, représente une cible plus abordable que celle des grandes années.

Ce qu’il faut retenir et surveiller

La prise de position de Buffon n’est pas un tremblement de terre, mais elle mérite attention. Quand la plus grande légende vivante du football italien dit publiquement qu’il n’aurait pas fait ce choix, la FIGC et Mancini lui-même ne peuvent pas l’ignorer. C’est une pression supplémentaire sur des épaules déjà chargées.

Les prochaines échéances de qualification pour le Mondial 2026 seront les vrais tests. Si Mancini relance une machine qui tournait à vide, il aura répondu à ses détracteurs par les résultats — la seule monnaie qui vaille dans ce métier. S’il achoppe sur des adversaires inattendus, les voix comme celle de Buffon prendront encore plus de relief.

À surveiller de près : la composition du premier groupe convoqué par Mancini pour cette nouvelle ère, les choix tactiques initiaux, et surtout la manière dont le vestiaire accueille ce retour. En football, la confiance ne se décrète pas — elle se construit match après match, résultat après résultat.

Ce que Buffon a dit en quelques mots, c’est peut-être ce que beaucoup pensent tout bas en Italie. Et dans un pays où le football est une religion d’État, les prophètes — même à la retraite — ont encore le pouvoir de faire trembler les institutions.

Et vous, pensez-vous que le retour de Mancini est le bon choix pour relancer la Squadra Azzurra, ou l’Italie aurait-elle dû tourner complètement la page ?

Source : Foot Mercato