Sept ans après son arrivée fracassante pour 72 millions d’euros, Thomas Lemar est prié de faire ses valises. L’Atlético de Madrid a décidé cet été de tourner définitivement la page sur l’international français, dans le cadre d’un mercato particulièrement actif côté Wanda Metropolitano. Une séparation qui ressemble davantage à un épilogue qu’à une surprise — mais qui pose des questions légitimes sur la suite de carrière d’un joueur au talent indéniable, jamais vraiment exploité à la hauteur de son coût.
Un mercato estival agité côté Colchoneros
L’Atlético de Madrid n’a pas chômé depuis le début du mercato. Dans le sens des arrivées, le club madrilène a déjà enregistré les signatures d’Alejandro Grimaldo, le latéral gauche en provenance du Bayer Leverkusen, du milieu danois Morten Hjulmand, et surtout de Kang-in Lee, le talent coréen qui débarque avec des attentes élevées.
C’est un recrutement ciblé, orienté vers un rajeunissement du groupe et un apport de profils dynamiques. Diego Simeone veut reconstruire partiellement son effectif après une saison 2024-2025 en deçà des espérances en Liga. Pour financer — ou simplement alléger — cette révolution, des départs sont incontournables. Et Lemar figure en tête de liste.
Du côté des sorties, Antoine Griezmann et Clément Lenglet sont également concernés par un possible départ. Deux autres Français dans la même situation, ce qui dit beaucoup sur la direction prise par le club espagnol : un renouvellement générationnel assumé, où les contrats lourds d’anciens titulaires pèsent sur la masse salariale.
Lemar à l’Atlético : le récit d’un rendez-vous manqué
Rappelons le contexte. En juillet 2018, Thomas Lemar quittait Monaco pour Madrid après une saison pleine sous le maillot monégasque. Il sortait d’un Championnat du monde avec les Bleus, champion du monde à 22 ans, avec l’étiquette de futur grand du football européen. Le prix du transfert — 72 millions d’euros — en faisait l’un des joueurs les plus chers de l’histoire du club à l’époque.
Les premières saisons sont laborieuses. Lemar peine à s’imposer dans le système de Simeone, un 4-4-2 bas en bloc défensif qui demande une intensité physique et une discipline tactique que le milieu offensif martiniquais n’a pas naturellement dans son registre. Son profil de technicien élégant, à l’aise dans les espaces, se heurte à une philosophie de jeu qui valorise avant tout le travail défensif et les transitions rapides.
Quelques éclairs de talent — une saison 2020-2021 plus aboutie, quelques matchs européens de bon niveau — mais jamais de confirmation durable. Le joueur a souvent été utilisé de manière périphérique, entrant en cours de match ou titulaire dans des rencontres secondaires. Au total, sur l’ensemble de son passage à l’Atlético, Lemar a rarement été un titulaire indiscutable, ce qui, pour un investissement de 72 millions, reste un bilan difficile à défendre sportivement.
Pourquoi ça n’a jamais vraiment fonctionné
La question mérite d’être posée franchement : pourquoi un joueur aussi talentueux n’a-t-il pas réussi à s’imposer durablement dans l’un des meilleurs clubs d’Europe ?
La réponse est en partie tactique. Simeone a toujours privilégié les milieux de terrain capables de couvrir de grands espaces, de presser haut et de revenir défensivement avec constance. Des profils comme Koke, Saul ou Marcos Llorente dans leurs meilleures années. Lemar, lui, est fondamentalement un joueur de couloir gauche ou de meneur de jeu créatif, qui a besoin de liberté et de continuité dans le jeu pour exprimer son talent.
Il y a aussi une part psychologique. Arriver à 22 ans pour un prix aussi élevé dans un club où la pression est maximale, dans un championnat plus physique que celui dans lequel vous avez grandi — Monaco, puis les équipes de France de jeunes — c’est un choc de cultures footballistiques parfois difficile à absorber. Les blessures à répétition ont également joué un rôle dans sa difficulté à enchaîner les matchs et à se construire une continuité dans les performances.
Résultat : à 28 ans, Thomas Lemar se retrouve dans une situation inconfortable, ni vraiment confirmé au haut niveau européen, ni en fin de carrière. Un joueur à la croisée des chemins, qui doit maintenant trouver un projet sportif capable de le relancer durablement.
Quelles pistes pour Lemar cet été ?
Du côté des destinations potentielles, plusieurs pistes semblent plausibles, même si rien n’est officiellement annoncé à ce stade.
En Ligue 1, un retour en France n’est pas à exclure. Son passage à Monaco reste dans les mémoires comme sa meilleure période : sous Jardim, dans cette génération dorée avec Mbappé, Bernardo Silva et Fabinho, Lemar était l’un des éléments les plus séduisants du groupe. Un retour dans le championnat français, dans un club ambitieux comme Lyon ou même l’OM, lui permettrait de retrouver des sensations dans un cadre tactique potentiellement plus favorable.
Des clubs de Premier League pourraient également se montrer intéressés. Le profil de Lemar — gaucher technique, capable d’évoluer sur le couloir ou dans l’axe — correspond à des équipes anglaises de milieu de tableau qui cherchent de la créativité sans se ruiner. Son salaire reste cependant un frein potentiel dans ces négociations.
Enfin, une destination plus exotique, en Serie A ou dans un championnat émergent, ne peut pas être totalement écartée. Mais à 28 ans, Lemar a encore le temps — et le talent — pour viser mieux que la simple gestion de fin de contrat.
L’angle français : trois Bleus dans le même bateau à Madrid
Ce qui frappe dans ce mercato de l’Atlético, c’est la concentration de joueurs français sur le départ. Lemar, Griezmann, Lenglet : trois internationaux tricolores (ou anciens internationaux) qui se retrouvent simultanément écartés du projet madrilène. Une coïncidence ? Pas vraiment.
Pour Antoine Griezmann, c’est une situation particulièrement sensible. À 34 ans, le Mâconnais aborde sans doute le dernier chapitre important de sa carrière en club. Son histoire avec l’Atlético est riche, complexe, marquée par le départ controversé vers le Barça puis le retour triomphal. Mais les cycles ont une fin, et Simeone semble avoir décidé que le moment était venu de tourner la page.
Pour Clément Lenglet, le constat est différent : le défenseur central n’a jamais vraiment été un pilier à Madrid, souvent prêté (notamment à Barcelone et à Tottenham), et son avenir s’écrira probablement loin de la capitale espagnole.
Ces trois départs simultanés illustrent une tendance lourde du football européen : les clubs de premier plan accélèrent leurs cycles, raccourcissent la durée de vie des projets et n’hésitent plus à remettre en question des contrats longue durée quand les performances ne suivent pas. Pour les joueurs français concernés, c’est un signal clair.
Ce que ça dit du football de Simeone en 2025
L’Atlético de Diego Simeone traverse depuis deux ou trois saisons une phase de transition délicate. Le modèle qui a dominé la Liga dans les années 2010 — bloc défensif, contre-attaque fulgurante, intensité physique maximale — peine à produire les mêmes effets dans un football européen qui a évolué vers davantage de possession et de pressing haut.
Le recrutement de Kang-in Lee, joueur offensif créatif et technique, de Hjulmand, milieu récupérateur moderne capable de relancer proprement, et de Grimaldo, latéral gauche porté vers l’avant, dessine une évolution tactique. L’Atlético cherche à garder sa solidité défensive tout en gagnant en qualité de possession et en variété offensive.
Dans ce nouveau système, un profil comme Lemar — malgré ses qualités — ne trouvait tout simplement plus sa place. C’est peut-être la lecture la plus juste de cette situation : non pas l’échec d’un individu, mais l’inadéquation d’un profil à un projet qui lui-même a mis du temps à évoluer.
À retenir et la suite à surveiller
Thomas Lemar va donc quitter l’Atlético de Madrid cet été, sept ans après son arrivée pour 72 millions d’euros. Un passage en demi-teinte pour un joueur au potentiel réel, dans un club dont la philosophie n’a jamais vraiment correspondu à ses caractéristiques naturelles. À 28 ans, il lui reste de belles années de football devant lui — à condition de trouver le bon projet.
Les prochaines semaines seront décisives. Quel club prendra le pari Lemar ? Un retour en Ligue 1 serait le scénario le plus séduisant pour les supporters français, qui n’ont pas oublié les années Monaco. Mais le mercato réserve souvent des surprises, et la valeur marchande du joueur — aujourd’hui bien inférieure aux 72 millions initiaux — pourrait attirer des clubs de profils très différents.
À surveiller aussi : la composition définitive de l’effectif de Simeone pour la saison 2025-2026, et la manière dont les recrues estivales vont s’intégrer à un groupe en reconstruction. L’Atlético joue gros : rater cette transition pourrait faire perdre plusieurs saisons à un club qui n’a plus remporté la Liga depuis 2021.
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Source : Foot Mercato








