Il n’avait pas fait les gros titres lors de son arrivée à l’OM. Ali Zerak risque d’en faire davantage en partant. Fidèle bras droit de Medhi Benatia au sein de la cellule de recrutement olympienne, il s’apprête à rejoindre la région parisienne pour prendre la tête d’un département de scouting. Un mouvement discret, mais qui en dit long sur la recomposition en cours à Marseille — et sur les difficultés à conserver les hommes de l’ombre dans un club où les turbulences internes ne s’arrêtent jamais tout à fait.
Qui est Ali Zerak, l’homme dans l’ombre de Benatia ?
Dans le football professionnel, les directeurs sportifs font la une. Leurs adjoints, eux, travaillent dans les coulisses — bases de données, rapports, déplacements discrets pour observer un latéral droit au Portugal ou un milieu défensif en Eredivisie. Ali Zerak appartient à cette catégorie de profils précieux et méconnus du grand public.
Lorsque Medhi Benatia a rejoint l’OM en janvier 2024 pour prendre en main le recrutement du club, il a amené avec lui ses propres collaborateurs de confiance. Zerak en faisait partie. Son rôle : structurer et superviser le scouting olympien, identifier les profils ciblés, filtrer les pistes avant qu’elles remontent à la direction sportive. Le genre de travail ingrat, invisible, mais absolument central dans la construction d’un effectif.
Dans un club comme l’OM, où chaque recrutement est scruté par des centaines de milliers de supporters, avoir des yeux fiables et alignés sur une vision commune n’est pas un luxe. C’est une nécessité.
Le départ de Benatia : le début d’un effet domino ?
Medhi Benatia avait quitté l’Olympique de Marseille au printemps 2025, après une année et demie à la tête du recrutement. Son départ avait créé une onde de choc dans le club : sous sa direction, l’OM avait retrouvé une certaine crédibilité sur le marché des transferts, attirant des profils comme Mason Greenwood ou structurant des opérations sortantes complexes. Sa méthode, son réseau, ses connexions avec des agents et des clubs européens — tout cela était parti avec lui.
Le départ d’Ali Zerak confirme ce que beaucoup suspectaient : la rupture avec l’ère Benatia n’est pas encore totalement digérée. Quand un directeur sportif fort construit une équipe autour de lui, ses lieutenants partent souvent dans son sillage — par loyauté, par cohérence de projet, parfois aussi parce que leur place dans le nouvel organigramme devient floue.
C’est ce phénomène classique de recomposition post-départ qui se joue en ce moment à Marseille. Et chaque départ d’un homme clé rouvre la même question : quelle est la continuité réelle du projet sportif olympien ?
Paris comme destination : un symbole ou une simple opportunité ?
La destination choisie par Zerak — la région parisienne, où il va prendre la responsabilité du scouting d’un club francilien — ajoute une couche symbolique à l’affaire. Partir de Marseille pour Paris, dans le contexte particulier de la rivalité entre les deux villes, ne manque jamais de faire réagir.
Il serait pourtant réducteur d’y lire une trahison ou un geste militant. Dans le monde du recrutement football, les mouvements de cadres techniques obéissent d’abord à des logiques de projet, de salaire et d’ambition personnelle. Si Paris lui offre un poste de responsable — et donc plus d’autonomie, plus de visibilité, peut-être un meilleur périmètre d’action — le choix est rationnel.
Ce qui est frappant, c’est plutôt ce que cela dit de l’attractivité de l’OM pour les profils techniques internes. Retenir les talents devant la caméra est déjà difficile. Retenir ceux qui travaillent dans les back-offices du recrutement l’est tout autant.
L’OM face à un chantier structurel dans son recrutement
L’Olympique de Marseille traverse depuis plusieurs saisons une forme d’instabilité chronique dans ses instances décisionnelles. Les directeurs sportifs se sont succédé — Pablo Longoria qui monte président, Benatia qui arrive puis repart, une direction technique qui se reconstruit en permanence. Chaque transition entraîne des pertes humaines en cascade.
Or, le scouting est précisément le secteur où la continuité est la plus précieuse. Un réseau de recrutement se construit sur des années : des relations avec des agents, des partenariats avec des clubs formateurs, une connaissance fine de marchés spécifiques (Portugal, Turquie, Argentine, Afrique subsaharienne). Quand les hommes changent, une partie de ce capital immatériel disparaît avec eux.
Pour la saison 2025-2026, l’OM devra s’appuyer sur un staff de recrutement en reconstruction. Dans un mercato d’été déjà compliqué, avec des finances qui restent sous surveillance et des objectifs sportifs ambitieux — notamment en Ligue Europa si le club y est engagé — cette instabilité en coulisses n’est pas anodine.
L’angle marocain : Benatia, Zerak et le réseau nordafricain dans le foot français
Le départ d’Ali Zerak s’inscrit aussi dans une histoire plus large : celle de la montée en puissance de profils franco-marocains aux postes de direction technique dans le football hexagonal. Medhi Benatia, ex-capitaine des Lions de l’Atlas, a incarné cette transition d’une génération de joueurs passés par les grands clubs européens vers des responsabilités dans les organigrammes sportifs.
Son passage à l’OM a ouvert des portes. Il a démontré qu’un Marocain pouvait peser dans les décisions de recrutement d’un club historique de Ligue 1, gérer des opérations à plusieurs dizaines de millions d’euros, dialoguer d’égal à égal avec les plus grands agents du marché mondial. Ce n’était pas anodin dans un secteur encore peu diversifié à ces niveaux de responsabilité.
Ali Zerak, dans ce sillage, représente la génération suivante : celle des techniciens du recrutement issus de cette même culture footballistique, qui progressent dans les organigrammes. Son déplacement vers Paris, pour prendre un poste de responsable, confirme que ces profils sont désormais chassés et valorisés sur le marché.
Ce que le scouting dit vraiment d’un club
Dans le football moderne, on juge un club à ses recrutements visibles — les gros transferts, les coups de génie du mercato, les ratés retentissants. Mais la vérité d’un projet se joue souvent bien avant, dans la qualité du travail de scouting en amont.
Les clubs qui réussissent sur la durée — l’Atalanta Bergame, le Bayer Leverkusen avant son titre historique de 2024, le Sporting Portugal — ont en commun une cellule de recrutement stable, méthodique, avec une vision cohérente sur plusieurs saisons. Ils ne changent pas d’œil tous les dix-huit mois.
L’OM, lui, change. Encore et toujours. Ce n’est pas forcément fatal — certains clubs savent absorber ces transitions sans perdre le fil. Mais cela exige une direction générale qui compense l’instabilité humaine par une vision stratégique très claire. Et c’est précisément là que les supporters marseillais attendent des preuves concrètes.
Ce qu’il faut retenir — et surveiller
Le départ d’Ali Zerak vers Paris est, en soi, une information de second rang. Ce n’est pas un transfert de joueur, pas une nomination de coach. Mais dans la lecture d’un projet de club, ce sont souvent ces signaux discrets qui s’avèrent les plus révélateurs.
À retenir : l’OM perd un autre homme clé de l’ère Benatia, ce qui prolonge une recomposition interne qui dure depuis plus d’un an. La cellule de recrutement olympienne repart sur de nouvelles bases, avec tout ce que cela implique de risques mais aussi, potentiellement, de nouvelles opportunités si les remplaçants choisis sont à la hauteur.
À surveiller : qui va occuper le poste laissé vacant par Zerak au sein du staff de recrutement marseillais ? Quelle est la feuille de route de la nouvelle direction sportive en matière de scouting pour le reste du mercato estival 2026 ? Et surtout : quel club francilien Zerak va-t-il rejoindre — une information qui, une fois confirmée, dira beaucoup sur ses ambitions et sur le niveau auquel il entend évoluer ?
Le football se joue sur le terrain, certes. Mais il se construit d’abord dans les bureaux, sur les écrans de veille tactique et dans les carnets d’adresses des hommes de l’ombre. Marseille vient d’en perdre un de plus.
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Source : Foot Mercato








